Belgique

Le show commence à 16h. L'artiste est ponctuel. Dans une salle archi-comble, peuplée de journalistes, de cameramen, de photographes mais aussi d'une partie des membres de son cabinet, le jeune quadra, chemise ouverte, cheveux poivre et sel, yeux écarquillés, explique les raisons qui l'ont poussé à présenter sa démission de ministre de la Culture, de la Jeunesse, des Sports de la Communauté flamande.

L'homme est fatigué des attaques personnelles, veut dénoncer les petits jeux politiciens et reprendre du temps, de l'énergie pour reconstruire et renforcer son parti `Spirit´.

Pendant 36 minutes, le meilleur communicateur de la Flandre, comme l'ont surnommé certains confrères, ne lésine pas sur les moyens. Tantôt abattu, tantôt illuminé. Tantôt souriant, tantôt pleurant. Il semble profondément ému par ce qui lui arrive. Comme souvent. Ses larmes, les caméras en ont déjà vu couler.

Bert Anciaux, donc, démissionne de son poste de ministre, déçu par les petits jeux cyniques d'un monde cruel dont il entend dénoncer les pratiques malsaines qui éloignent le citoyen de la politique. Bien sûr, dit-il, la plupart des hommes politiques sont intègres et honnêtes. Mais ceux qui l'on poussé à partir, ceux-là il ne les aime pas. Qui ? Il refuse de désigner celui dont le visage se dessine en filigrane de son laïus: Karel De Gucht, le président du VLD, un parti où ont trouvé refuge cinq parlementaires Spirit, dont son ami, le député bruxellois Sven Gatz. De Gucht qui réclame déjà un des deux postes ministériels qu'occupait Spirit dans l'exécutif flamand.

RESPONSABILITÉ ASSUMÉE

Anciaux accepte de porter une responsabilité dans la situation difficile que vit son parti: la présidente, Annemie Van de Casteele, a démissionné, lassée des changements de cap perpétuels imposés par Anciaux: le 20 mai dernier, le conseil général de Spirit décidait de se présenter seul aux prochaines élections. Vendredi dernier, le comité élargi optait, comme le voulait Anciaux, pour une alliance préélectorale avec les socialistes flamands.

Spirit est dès lors aux mains des deux vice-présidents, Geert Lambert et Els Van Weert. Et déjà, Bert Anciaux, les assure de son soutien, annonce qu'il sera le plus fervent militant, même s'il demande un peu de temps pour recharger ses batteries. Anciaux assure qu'il ne crache pas dans la soupe et entend encore soutenir la coalition qu'il quitte.

Mais son départ perturbe évidemment le gouvernement flamand qui doit obligatoirement contenir un membre bruxellois. Le président du gouvernement, Patrick Dewael, a consulté ses partenaires et devrait faire connaître très vite le nom de l'élu.

Anciaux rappelle avec émotion les décrets `jeunesse´ et `sport´ qu'il a conçus. Mais les plus chaudes larmes, il les réserve pour les membres de son cabinet `le plus indépendant que la Flandre ait jamais connu´. Dans le fond de la salle, on pleure aussi.

Il termine par un message aux journalistes qui devraient, eux aussi, dénoncer les petits jeux qui assombrissent la politique.

© La Libre Belgique 2002