Belgique

Les souverains ont assisté dimanche, à titre exceptionnel, à la cérémonie militaire en hommage au Soldat inconnu, aux morts des deux Guerres mondiales et aux militaires tombés lors des missions pour la paix depuis 1945, qui se tient chaque année à la Colonne du Congrès à Bruxelles. La célébration a été marquée par un appel du roi Philippe aux jeunes en faveur de la paix. "Il y a cent ans, à cette même heure, résonnaient de partout les clairons annonçant le cessez-le-feu sur l'ensemble du front. L'armée belge, commandée par le roi Albert Ier, avait montré un immense courage dans la reconquête du pays. Ainsi s'achevait une guerre qui aura fait d'innombrables morts, invalides et mutilés, soldats et civils", a-t-il affirmé.

"Aujourd'hui, avec respect, nous nous inclinons une nouvelle fois devant la tombe du soldat inconnu, et nous nous souvenons", a-t-il ajouté devant un public venu nombreux à l'occasion de ce centenaire de l'Armistice, avec notamment des associations patriotiques et des jeunes.

"Ce monument, érigé en l'honneur de notre premier parlement et de notre premier roi, gardé par le soldat inconnu, ne parle donc pas seulement de notre passé. Il pointe le doigt vers notre avenir. Il nous invite tous - et les jeunes en premier lieu - à nous engager ensemble dans la construction d'un monde de paix, à apporter chaque jour notre pierre irremplaçable à l'édifice commun", a dit le roi Philippe en grand uniforme de la Force terrestre.

"Avec un joyeux réalisme, dans les petites choses comme dans les plus grandes", a-t-il ajouté lors d'un discours prononcé devant les présidents de la Chambre et du Sénat, Siegfried Bracke et Christine Defraigne, des représentants du gouvernement fédéral et des corps constitués.

"Aux jeunes je voudrais dire: le jour viendra où nous ne pourrons plus compter sur la présence chaleureuse d'anciens combattants qui ont défendu notre territoire. Je m'engage de garder vivantes, avec vous, la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour nous et les valeurs pour lesquelles ils se sont battus", a poursuivi le souverain, alors que les cloches des églises de Bruxelles sonnaient en arrière-plan.

"Et vous, quel plus bel hommage pouvez-vous leur rendre qu'en devenant vous-même des héros? En restant fidèles à vous-mêmes, à votre vocation, tout en vous donnant aux autres. En faisant le choix de la profondeur plutôt que du superficiel et de l'éphémère. En rayonnant autour de vous. C'est ça, être un vrai héros aujourd'hui, même inconnu", a encore dit le chef de l'Etat.

Il a également décrit la raison d'être du tombeau du Soldat inconnu. "Il émane de ce majestueux monument une grandeur, celle des héros de la Première Guerre mondiale morts au combat pour leur pays, pour notre pays. Mais il émane de ce monument également une simplicité, une humilité, liées au mystère de ce soldat défiguré, sans nom. Ce soldat aurait surement voulu raconter son histoire, se dire, venir à la lumière qui lui est donnée aujourd'hui. Mais non. C'est dans son anonymat et son silence qu'il a trouvé toute sa vocation", a souligné le Roi.

Selon lui, "ce soldat inconnu renvoie bien sûr à l'image que nous avons de tous ces héros et victimes de la guerre, membres de nos familles, proches, parents, grands-parents, ... Et que sa dépouille rend présent ici-même. Mais il nous invite aussi à puiser dans notre profondeur humaine pour donner un sens à sa mort. Ce soldat, c'est chacun de nous".

"Dans le monde actuel, dominé par l'image, où tout est spectacle, où tout doit être vu, connu, et su, il est bon de voir que la grandeur humaine réside aussi dans l'inconnu, dans l'anonymat. Que l'humanité se cache aussi derrière le voile de la pudeur, de la souffrance et du sacrifice. Et que le mystère est encore plus présent lorsque tout n'est pas dit", a encore souligné le souverain.

La cérémonie, marquée par un lâcher de onze pigeons - un par province et pour Bruxelles - par des enfants accompagnés de vétérans, s'est clôturée par le rallumage de la flamme qui brûle à côté de la tombe du Soldat inconnu, sur fond de "Last Post" et de 21 tirs de coup de canon ainsi que par des dépôts de gerbes.

Une jeune fille a également déposé la dernière plaque de la campagne "Nos héros oubliés" lancée par le War Heritage Institute (WHI) afin que les tombes de 6.000 des soldats belges décédés lors de la Première Guerre mondiale ne tombent dans l'oubli.