Belgique

Le 5 mars 2016, un soldat en patrouille à l'aéroport de Bruxelles-National avait reconnu dans la foule Khalid El Bakraoui, futur kamikaze du métro Maelbeek le 22 mars.

La police avait été avertie mais n'avait pas pu retrouver l'individu, ressort-il d'une réponse fournie par le ministre de la Défense à une question écrite du sénateur Lionel Bajart (Open Vld). Les militaires accomplissaient leur mission de surveillance dans le cadre de l'Opération Vigilant Guardian (OVG) mise en place après les attentats de Paris. Ils ont reconnu le terroriste sur la base d'une liste de noms et de photos de personnes suspectées d'être impliquées dans les attaques de novembre 2015 dans la capitale française.

L’information avait été transmise à la commission d’enquête parlementaire, qui l’avait examinée à huis clos avec son expert en sécurité, Willy Bruggeman, président du Conseil fédéral de la police.

A deux reprises au moins, des militaires avaient identifié des suspects à Zaventem sur base des photos qui avaient été mises à leur disposition, l’une le 5 mars 2016 dans le hall des départs de Zaventem, une autre à un moment inconnu. Ces rapports avaient été faits par un bataillon spécialisé dans la collecte de renseignements, selon le Comité R, l’organe qui contrôle en Belgique les services de renseignement.

« Dans le cas de Zaventem, un militaire a averti sa hiérarchie, qui l’a confié à la police, qui n’a rien fait », explique un membre de la commission parlementaire. « Le SGRS (le service de renseignement de l’armée, ndlr) avait estimé que c’était en dehors de ses compétences » alors limitées en matière de contre-terrorisme.

Lancée en janvier 2015, après les attentats à Charlie Hebdo et le démantèlement d’une cellule terroriste à Verviers, l’Opération Vigilant Guardian a déployé des militaires dans le pays. Le nombre de militaires a évolué en fonction de la menace. L’opération est toujours en cours et en appui de la police fédérale.

Dès 2016, le comité R avait accordé une attention particulière à la transmission d'informations entre services. De trois cas particuliers étudiés dans son rapport de 2016, il avait conclu que les informations tirées de Vigilant Guardian n'avaient pas été communiquées à tous les départements et services potentiellement concernés, notamment la présence de Khalid El Bakraoui à Zaventem. Il avait noté la passivité du Service Général de Renseignement et de Sécurité (SGRS).

Celui-ci n'a pas transmis les rapports en question à la Sûreté de l'Etat et à l'Organe de Coordination et d'Analyse de la Menace (OCAM). Il n'en traitait même pas le contenu car il estimait que la responsabilité du traitement de ces rapports incombait à la police fédérale. Une conclusion que ne partageait pas le comité R dans son rapport de 2016: "le SGRS n'est pas dispensé de vérifier si, dans les documents envoyés, il n'y a pas, le cas échéant, des informations qui peuvent concerner le service".

Les constats du comité R rejoignent ceux de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats terroristes qui avait jugé sévèrement le travail des services de renseignement et la coopération entre les services. La réorganisation du Service Général de Renseignement et de Sécurité (SGRS, renseignement militaire) a depuis lors mené à la création d'un poste de coordinateur de la lutte contre le terrorisme, a indiqué M. Bajart.