Belgique

Il y avait le "tout sauf Sarko" en France, désormais il y a le "tout sauf Reynders" en Belgique. "C' est amusant , pouffe un responsable du cartel, juste au moment où nous étions prêts à lâcher du lest sur le poste de Premier ministre, voilà que vous poussez Yves Leterme comme futur Premier ministre. Si c'est un cadeau, on ne va évidemment pas le refuser ."

C'est que la cote du "double ex-formateur", leader du CD&V/N-VA, remonte en flèche dans la course au 16 rue de la Loi - boostée par l'alliance objective entre cartel, PS et CDH. Le Parti socialiste refuse, en effet, d'offrir le poste de Premier ministre au MR Didier Reynders, préférant voir l'actuel locataire Guy Verhofstadt prolonger le bail - ce qui est, bien évidemment, "inconcevable" pour le cartel. Et revoilà donc Yves Leterme à nouveau aux portes du "16".

Humanistes et socialistes sont sur une même longueur d'onde alors que se profile un gouvernement intermédiaire : dimanche après-midi, les états-majors des deux partis se sont réunis pendant plusieurs heures autour des présidents Di Rupo et Milquet. Laurette Onkelinx, Rudy Demotte, notamment, étaient présents, côté socialiste. Au CDH, André Antoine et Benoît Cerhexe entouraient la présidente. Le CDH démentait, lundi soir, entretenir de meilleurs contacts avec un quelconque partenaire - disant avoir des réunions avec d'autres partenaires, francophones comme Flamands, que le PS.

"Payer très cher"

Dimanche, plus tôt dans la journée, le "G9" - le groupe de contrôle informel du Parti socialiste - s'est réuni au cabinet du ministre de la Défense André Flahaut. "Pas la moindre fausse note" entre les camarades, dit un participant à la réunion : "Si on nous appelle à la table des négociations, Reynders n'entrera pas au 16 rue de la Loi." Un autre : "Qu'il le veuille ou non, si nous décidons de soutenir Guy Verhofstadt ou Yves Leteme comme Premier ministre, Reynders n'y sera pas."

L'entente entre CDH et PS est bétonnée et, comme l'a fait remarquer le président Di Rupo dimanche, "nous, nous travaillons dans l'honneur"... Comprenez : pas question d'envoyer balader le CDH. "On sait que tout est en mouvement, glisse un humaniste, mais on sait aussi que mettre un francophone à la case Premier ministre au moment où une grande réforme de l'Etat se profile, ce n'est pas le choix le plus judicieux : nous risquerions de le payer très cher..."

D'autre part, le CDH est soutenu par le cartel qui compte, en retour, sur l'appui des humanistes à Leterme pour le poste de Premier ministre.

Les humanistes, dit-on, se montrent "plus souples" que les socialistes sur le nom du futur Premier ministre. Entre Verhofstadt, Leterme ou Reynders, aucun choix n'a véritablement été arrêté. "Ce n'est pas par amour que Leterme demande que nous montions au gouvernement, grince-t-on au CDH. Il a besoin de nous."

Et au bureau du CD&V, lundi matin à Zellik, les calculettes ont été dégainées. A tout prendre, le CD&V préfère voir le MR Reynders s'installer au "16" plutôt que Guy Verhofstadt. Mais si Leterme est poussé par les francophones...

Après l'exposé de la situation par le président Jo Vandeurzen, quelques questions ont été posées à Yves Leterme. Puis "certains ont rappelé qu'en terme de nombre absolu de voix", la famille démocrate-chrétienne-humaniste était devant la famille libérale, dit un responsable présent lundi à Zellik. "Nous n'accepterons jamais Guy Verhofstadt comme Premier ministre. A la limite, on accepterait Reynders. Mais puisqu'il n'a pas beaucoup de soutien chez les francophones..."