Belgique

Bientôt le feu vert pour la construction de la prison de Haren, un complexe pénitentiaire de 1200 places qui doit remplacer les établissements vétustes de Saint-Gilles, Forest et Berkendael . Le conseil communal de la Ville de Bruxelles avait refusé en octobre 2015 de déplacer le chemin vicinal du Keelbeek, qui coupe le site en deux, rendant impossible l’érection du bâtiment. Sans cet accord, la Région de Bruxelles-Capitale ne pouvait pas délivrer rapidement le permis d’urbanisme indispensable pour que le village pénitentiaire de Haren sorte de terre.

L’Etat et le consortium Cafasso (soumissionnaire préférentiel pour la construction de la prison de Haren) ont donc dû introduire des plans adaptés, tant pour le permis d’urbanisme que pour la déviation du chemin du Keelbeek. L’enquête publique sur ces projets modifiés se clôture ce vendredi 20 mai à minuit. Une nouvelle réunion de la Commission de concertation de la Ville de Bruxelles est fixée au mercredi 1er juin.

Maigres compensations

Du côté des riverains et des opposants à la mégaprison, c’est toujours "non". La mobilisation de citoyens, d’associations, de défenseurs de l’environnement, de magistrats, d’avocats… ne faiblit pas. Ils sont toujours opposés à ce projet jugé trop grand, trop cher - on évoque un coût de 3 milliards d’euros sur 25 ans -, trop éloigné du palais de justice, opaque et sans débat démocratique.

Il nous revient que du côté de la Ville de Bruxelles, la donne a changé. Satisfaite par les modifications, elle accepterait finalement de dévier le sentier pluriséculaire du Keelbeek.

Une surprise ? Pas vraiment. Le "non" de la Ville ne visait pas, en priorité, à défendre l’intérêt urbanistique et environnemental des riverains de Haren mais à se positionner dans une partie de bras de fer avec le gouvernement fédéral. Objectif visé par le bourgmestre PS Yvan Mayeur : décrocher le plus possible de compensations, financières, avant de lâcher le sentier du Keelbeek.

La Ville rêvait de s’emparer du Petit-Château, qui abrite un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, planté le long du canal, à proximité du nouveau piétonnier, pour assouvir son appétit immobilier. Ce n’est plus à l’ordre du jour - on n’a pas aujourd’hui de solution pour loger ailleurs les réfugiés.

Mais la Ville aurait tout de même obtenu, pour les Harenois, un parc de 2 hectares, à proximité de la prison, une passerelle pour les piétons qui surplomberait les voies des deux gares de Haren (Zuid et Centraal), ainsi qu’une rénovation des quais. Le fameux chemin serait par ailleurs élargi et rendu plus convivial. "Des cacahuètes", proteste un riverain farouchement opposé au projet. La Ville de Bruxelles, cependant, ne dispose que de peu de leviers pour faire valoir ses intérêts. "La Région bruxelloise, souhaitant valoriser les sites de Forest et Saint-Gilles, peut parfaitement transformer ce chemin en chemin régional et en prendre la tutelle", glisse une source proche du dossier. "Nous faisons le maximum pour obtenir des compensations pour Haren et le nouveau projet rencontre pratiquement toutes nos objections", commente Geoffroy Coomans (MR), échevin de l’Urbanisme. La Ville, sur le fond, reste toutefois opposée à ce projet.

Des recours risquent encore d’être introduits mais les derniers obstacles politiques sont levés, assure un fin connaisseur du dossier. Les permis seront délivrés sans doute avant l’été et les premiers coups de pelle donnés fin octobre, pronostique-t-il.