Belgique Les agents pénitentiaires francophones refusent les propositions du ministre Geens.

Onze jours sans prendre une douche; une cellule de 9 m² (partagée à quatre !) qui n’est plus nettoyée; les mêmes draps depuis des semaines; des vêtements pas nettoyés; pas de papier toilette; un évier qui fuit; un matelas mouillé; un seul repas, froid, par jour et du café froid… On a appris samedi que l’Etat belge avait été condamné, pour la troisième fois en quelques jours, pour violation des droits des détenus.

C’est un prévenu de la prison de Forest qui a cette fois obtenu gain de cause devant le tribunal. Ce détenu doit désormais avoir accès à des soins médicaux, faute de quoi, l’Etat devra payer des astreintes. Me Alexander Hamels, avocat du détenu, a précisé que le juge des référés se prononcerait ce lundi sur d’autres demandes de son client pour faire cesser ce traitement inhumain.

Non, non, non…

La situation est explosive derrière les barreaux, à Bruxelles et dans le sud du pays, où les agents pénitentiaires sont en grève depuis deux semaines. Pour les détenus, cela veut dire plus de visites, plus de préau, plus d’activités et un confinement permanent en cellule.

Le protocole d’accord négocié vendredi entre le ministre CD&V de la Justice, Koen Geens, et les représentants syndicaux ne passe pas.

Le ministre Geens attend la réponse officielle des syndicats ce lundi mais elle devrait être négative. Non, non, non, ont scandé les agents pénitentiaires de Tournai, Lantin, Andenne, Mons, Saint-Hubert, Namur, Dinant, Leuze, Jamioulx, Marche… Etc.

Retour au gouvernement

Dimanche soir, il n’y avait pas un seul "oui" aux dernières propositions de Koen Geens qui affirmait pourtant avoir déjà dépassé le cadre budgétaire fixé par le gouvernement. En tournée dimanche sur les plateaux de la RTBF, de RTL-TVI et de la VRT, le ministre a déclaré : "On ne doit pas attendre de moi que j’aille plus loin tout seul. C’est une affaire sur laquelle tout le gouvernement doit se concerter."

Le protocole d’accord prévoit le recrutement de 405 personnes (dont 100 pour lutter contre le radicalisme - mesure déjà annoncée précédemment). Soit la promesse d’engager 305 fonctionnaires supplémentaires, ce qui équivaut à 55 unités de plus que dans le précédent protocole rejeté jeudi par les syndicats.

Fin 2016, les effectifs des assistants de surveillance remonteront au niveau de fin 2015, à 7 000 équivalents temps plein (ETP). Ce qui revient concrètement à un gel de l’ensemble des économies budgétaires sur le personnel en 2016, souligne-t-on au cabinet Geens.

"Impossible dans le cadre actuel"

Ce n’est manifestement pas suffisant pour les agents francophones qui revendiquent l’arrêt complet de la rationalisation (une autre organisation du travail) et le retour au cadre de 2014. "Impossible dans le cadre budgétaire actuel", rétorque-t-on au cabinet Geens.

Bref, le blocage est total. Et on voit mal pourquoi la N-VA volerait au secours des prisons du sud alors qu’au nord, la rationalisation est déjà une réalité sans que cette plus grande flexibilité soulève des protestations d’envergure. Il y a une composante idéologique (liée à la composition du gouvernement fédéral) à la résistance du sud. Il y a peut-être aussi une explication communautaire : en matière d’infrastructures de sécurité, les investissements ont d’abord été consentis dans les prisons flamandes alors que les autres attendent toujours des caméras et autres systèmes de surveillance plus perfectionnés. Sans cela, il faut plus d’agents pour assurer la sécurité. CQFD ?


Gardien ? Pas un salaire de misère

Un système de primes. Combien gagne un agent pénitentiaire ? Tout dépend des primes (pour service de nuit, soit entre 6 h et 8 h et entre 18 h et 22 h; pour service de dimanche, prime de risque…) qui viennent s’ajouter au salaire de base. Un cinquième du salaire est lié au système de primes.

1 380 € net pour démarrer. Un gardien qui démarre, avec un niveau d’études secondaires, touche 1 380 € net, auxquels il faut ajouter 250 à 300 € de primes.

1 458 € net après 3 ans. Le net grimpe après 3 ans d’ancienneté à 1458 € par mois, plus 250 à 300 € de primes.

1 960 € net après 15 ans. Une ancienneté de 15 ans correspond à 1960 € net par mois, auxquels il faut ajouter 350 à 400 € de primes.