Belgique

Vous êtes bourgmestre depuis près de quatre mois. Quels enseignements à en tirer, déjà ?

Je reconnais que je suis toujours en apprentissage. Ce qui veut dire qu'il y a encore les rouages à maîtriser. Côté négatif, je n'en vois pas, mis à part le fait qu'on s'est trouvé devant un lourd passé.

Ces auditions répétées, de vous-même, de vos échevins, cela constitue au moins un blocage ?

Je m'attendais à être entendu, comme il est normal que d'autres l'aient été. Le jour où Jean-Jacques Viseur a passé plusieurs heures avec les enquêteurs, nous avons préparé le conseil communal en son absence. S'il avait dû ne pas être là, j'aurais parlé du budget à sa place. Ces auditions-là ne nous paralysent pas, elles ne nous empêchent pas de travailler sérieusement tous ensemble. On ne reste pas bloqué dans le passé.

On a pourtant l'impression qu'on évoque plus souvent la majorité actuelle pour parler des erreurs de la précédente...

C'est un tort. Nous avons aussi des projets d'aujourd'hui, pour demain. Ainsi, à propos du futur Hôtel de police et de la rénovation de tout ce quartier de la Ville. Mais malheureusement, il a fallu que la présentation du projet soit gâchée par un mouvement de grève de la police.

Indépendamment de ces problèmes du passé, il y a les dissensions d'aujourd'hui. Ainsi, de vos rapports avec Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

Van Cau a son ménage, c'est l'USC (Union socialiste communale, NdlR). Moi, j'ai le mien, c'est avec le collège. Dans une tripartite, chacun vient avec son programme. Il est normal que l'USC s'inquiète de savoir si le programme du PS est respecté au mieux. Je suppose qu'au MR aussi, Olivier Chastel a des réunions avec les responsables de son parti. Ça, c'est normal. Mais de son côté, c'est moins médiatisé, à cause de l'image de Van Cau.

Vous n'êtes pas un bourgmestre sous influence, sinon davantage ?

J'ai ma légitimité, je suis devenu bourgmestre à cause de mon score électoral et de ce qui est arrivé à Jacques Van Gompel, et avec cette légitimité-là, je travaille en autonomie. Je respecte l'USC dans son rôle, j'entends que ce soit mutuel.

C'est une véritable autonomie ?

Ecoutez, il faut qu'on arrête de dire que Van Cau dirige le collège. Moi, je ne lui téléphone pas tous les jours pour savoir quelle décision prendre pour Charleroi, ou comment se sortir de tel ou tel problème. C'est clair. Je répète que je n'ai pas de belle-mère dans mon ménage.

En plus des dissensions dont on parle à l'intérieur de l'USC, il y a celles qui sont survenues à l'intérieur du collège communal avec la querelle Chastel-Massin ?

Je l'ai dit ce jour-là, ça a été un coup de colère, après un article. Je suis content d'avoir pu débloquer la situation, et d'avoir ramené le calme. Je crois que le problème, pour l'un comme pour l'autre, c'est qu'ils sont parlementaires, chacun dans son parti, et qu'ils sont candidats le 10 juin.

... et que ça risque de se reproduire, d'ici le 10 juin.

Nous avons décidé d'une attitude, à l'intérieur du collège. Il n'est pas question d'empêcher des échevins de s'exprimer. Mais quand il s'agira d'évoquer la politique du collège, c'est le bourgmestre qui communiquera. Moi, je ne peux pas interdire aux élus de parler, mais la Ville doit parler d'une seule voix. Vous savez, si on commence à faire le gamin, moi aussi je peux jouer à ce jeu-là, et alors ça part en vrille. Je ne peux pas non plus écarter ces échevins-là, ce n'est pas possible.

Passé le 10 juin, vous risquez de retrouver les mêmes, qui auront à choisir entre leur poste d'échevin et leur mandat de parlementaire. Que devraient-ils faire, selon vous ?

Je n'ai pas d'idée particulière à ce propos...

Vous pouvez les influencer ?

A l'intérieur du PS, c'est certain que je donnerai mon avis à propos d'Eric Massin. D'ici là, attendons que le problème se pose.

Une des raisons données à la tripartite, ce sont les contacts dont chaque parti dispose à chaque niveau de pouvoir gouvernemental. Cela vous a-t-il vraiment servi jusqu'ici ?

Oui, c'est certain, par exemple à l'occasion de la visite de Guy Verhofstadt. Nous nous y sommes mis tous ensemble...

Pour obtenir un résultat décevant, côté police...

C'est vrai qu'on aurait dû en avoir plus. Mais Jean-Jacques Viseur, à propos du métro, a des contacts chez André Antoine, et au PS, on peut évidemment activer les choses chez Philippe Courard. Chacun peut intervenir, avec plus ou moins de bonheur, c'est sûr. Mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas obtenu ce qu'on espérait avec la visite du Premier ministre qu'on en restera là. On relancera la machine, après les élections. De mon côté, je prends des contacts avec l'Union des villes et communes, pour qu'on mette ce point dans le programme du prochain gouvernement fédéral, une modification dans la répartition des fonds, et une enveloppe ouverte qui permette à Charleroi d'en attendre plus sans léser les autres. Là-dessus, par exemple, les trois partis de la majorité communale peuvent faire le forcing pour que Charleroi obtienne son dû.

C'est un plaidoyer pour le cumul, d'imaginer qu'un échevin reste parlementaire...

Que chaque parti y réfléchisse. Pour moi, le débat est prématuré.

A propos de cumul, il a été beaucoup question de la présidence de l'Igretec (l'Intercommunale de développement économique de Charleroi, NdlR). Etes-vous candidat ?

Je n'ai pas à être candidat, c'est une présidence qui me revient, puisque je suis bourgmestre. Je rappelle tout de même que cela figurait dans l'accord de tripartite. C'était dit, écrit et signé. Je ne vois pas pourquoi on y reviendrait. Ce n'est pas un accord qui concernait une personne, mais la fonction de bourgmestre. Je suis bourgmestre, la présidence de l'Igretec me revient donc. Je ne comprendrais pas qu'il en soit autrement.

Il se dit pourtant que Jean-Claude Van Cauwenberghe en fait une affaire de personne, et qu'il voudrait que ce soit Jacques Van Gompel qui la préside...

Je n'ai jamais entendu Van Cau le dire ainsi. Il a dit qu'il souhaitait que Jacques soit chef de groupe au conseil communal. Et je n'ai jamais entendu non plus Jacques Van Gompel le revendiquer. La présidence doit aller au bourgmestre, parce qu'il doit avoir une vue générale de la politique de la Ville.

Et si cela devait être mis en cause ?

On en discutera au sein de l'USC. S'il le faut, je serai officiellement candidat. Mais si on insiste vraiment, alors je remets tout l'accord en cause, et on reparle aussi de la présidence de l'Intercommunale de Santé. Mais on n'ira pas jusque-là. L'accord existe, on doit l'appliquer, c'est tout.

On parle pourtant de modifier cet accord à propos des sociétés de logements.

La situation est différente. On ne les avait pas attribuées nommément, en disant à quel parti irait telle ou telle société. Tout ce qui a été décidé c'est que deux sociétés seraient présidées par le PS, une par le CDH, une par le MR, sans plus.

Charleroi vit sous le régime budgétaire des douzièmes provisoires, ce qui freine de nombreux achats et beaucoup de payements. Pour combien de temps encore ?

Le budget sera présenté en avril au conseil. J'espère qu'en mai ou juin au plus tard, il aura été approuvé. On ne peut pas imaginer de vivre sous ce régime provisoire jusqu'en octobre.

© La Libre Belgique 2007