Belgique

entretien

Pascal Delwit, politologue à l'ULB, n'est pas surpris par la tournure des événements.

Pouvait-on s'attendre à ne pas avoir de réforme de l'Etat le 15 juillet ?

Oui. On a vite constaté au moins deux problèmes. D'abord, il y avait la date butoir. C'était ingérable. Dès que vous avez une date butoir, tous vos adversaires jouent la montre contre vous. Dans la presse, on voit des comptes à rebours : J -7, J -6, J -5, etc. Cela met une pression énorme. Deuxième élément : on avait été étonné que le gouvernement Leterme n'ait pas profité du mini-effet de grâce dont il a pu bénéficier à son lancement pour entamer les discussions sur la réforme de l'Etat. Il n'a rien fait pendant deux mois. Il a fallu attendre le psychodrame autour de la proposition de loi scindant l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde pour relancer la négociation. Il y a eu un effet d'entonnoir.

Y a-t-il moyen d'en sortir ? Tout paraît bloqué.

Oui. Et en même temps, il n'y a pas d'alternative sérieuse. Organiser des élections anticipées, c'est trop dangereux. Tenir jusqu'aux élections régionales sans réforme de l'Etat, ce n'est pas idéal non plus. Il n'y a rien à faire : il faut se remettre autour d'une table. On a cru un moment que les points de vue se rapprochaient. Mais ils se sont à nouveau distendus. Principalement à cause d'un manque de leadership au CD&V. Si la négociation repart, cela donnera peut-être le temps au CD&V de déterminer ce qu'il veut vraiment. Tout le monde attend qu'il fasse connaître ses positions et s'y tienne. Mais je ne suis pas très optimiste.

Les francophones n'ont-ils pas gagné leur bras de fer ?

Non. Personne ne peut tirer un bénéfice de la situation à laquelle la Belgique est confrontée depuis un an. Cela crispe les opinions, cela tend les relations sociales et cela éloigne les gens de la politique. Je ne vois pas qui pourrait gagner à ce qu'il n'y ait pas de solution demain, sinon des partis comme la Liste Dedecker ou le Vlaams Belang qui pourront pilonner les autres partis flamands. Mais cela maintiendra la polarisation en Flandre. Et ce n'est pas bon pour les francophones non plus.

Les francophones sont restés unis...

Si les partis francophones ont pu rester unis sur le front communautaire, c'est parce qu'il n'y a eu aucune avancée vers eux. Ils auraient pu se diviser si la Flandre, singulièrement dans le dossier de BHV, avait fait un pas vers eux. Les francophones auraient dû se positionner, et peut-être montrer des divergences. Mais comme il n'y a eu aucun pas, ils ont pu rester unis. Cela n'empêche pas que ces partis se livrent une compétition sans merci dans la perspective des élections régionales de juin 2009.

Yves Leterme a-t-il été incapable d'imposer sa marque ?

Le CD&V, à l'instar de l'ancien CVP, est un parti dur à gérer, avec un centre faible et des entités périphériques fortes (le mouvement ouvrier chrétien, l'Unizo, le Boerenbond, etc.). Avec aussi, depuis 30 ans, une aile nationaliste et une aile belgicaine. Cela a toujours tiré à hue et à dia. C'est un parti qui a l'habitude de flinguer ses premiers ministres. Si Yves Leterme a pu avoir le leadership, c'était un peu par défaut. Il n'y avait personne d'autres capable de ramener le parti au pouvoir. Lui, il y est arrivé. Mais il n'est pas parvenu à conclure une réforme de l'Etat. On a l'impression que plus personne ne détient la parole au CD&V.

Est-ce une bonne chose que les Régions entrent dans la négociation ?

Non. Parce que cela devient une négociation entre acteurs verticaux et horizontaux. Je m'explique. Jusqu'à présent, vous avez eu une négociation entre présidents de parti. Or les présidents de parti incarnent à la fois la vision fédérale et les entités fédérées de leur parti. Ils doivent faire l'équilibre entre les deux. Si vous associez les Régions dans la négociation, vous introduisez des acteurs qui n'accepteront jamais de toucher aux prérogatives des Régions. Vous changez l'équilibre. Cela peut avoir la vertu de mouiller tout le monde pour aboutir à un accord. Mais aboutir à un accord dans ce cadre-là, ce sera plus difficile.

Est-ce le prélude au confédéralisme ?

Ce n'est pas tout à fait nouveau. De plus en plus, on considère en Belgique que les entités fédérées ont au moins autant de poids que l'entité fédérale. Cela peut avoir du sens. Mais cela ne rend pas les choses plus faciles.