Belgique

C’est ce qu’on appelle un effet boule de neige. Mardi, l’agence de publicité Mortierbrigade annonçait sur les ondes de Radio 1 (VRT) son départ prochain du quartier du canal à Molenbeek-Saint-Jean. Trop de vols, de vandalisme, d’agressions, et même une prise d’otages. Premier paradoxe : l’agence compte installer ses bureaux à... Schaerbeek, une autre commune bruxelloise qui a connu ses heures de réputation sulfureuse, mais qui jouit désormais d’une image plus positive. Second paradoxe : la campagne la plus connue de Mortierbrigade était celle des panneaux "Straat zonder haat" ("Rue sans haine"), initiée par les associations multiculturelles d’Anvers en réponse au succès grandissant (à l’époque) du Vlaams Belang. Pour eux, le constat d’échec n’en est que plus cuisant.

Le patron de l’autre agence de publicité du quartier, BBDO, était également présent mardi matin à Radio 1 pour déplorer le même genre de nuisances. Il expliquait avoir fait installer du fil barbelé autour du parking de l’entreprise après des tentatives de cambriolage et avoir fini par réserver ce même parking au personnel féminin de l’entreprise, "le plus vulnérable à l’extérieur".

C’est dans les colonnes du "Morgen" que le bourgmestre Philippe Moureaux (PS) a fini par réagir vendredi à cette polémique essentiellement flamande. Pour lui, "tout ce débat est basé sur des mensonges". Selon le maïeur, qui affirme n’avoir jamais reçu aucune plainte de la part de la société Mortierbrigade, il s’agit d’une campagne aux visées politiciennes. Il reconnaît toutefois "qu’il y a dans sa commune de 94 000 habitants trois ou quatre coins où les choses sont un peu plus délicates". Mais à ceux qui l’accusent de minimiser le problème à des fins électorales, il répond que "de toutes les zones de police bruxelloises, c’est dans la nôtre qu’il y a le plus d’interpellations".

Cette interview a eu le don d’exaspérer le personnel de BBDO qui a écrit le jour même une lettre ouverte à Philippe Moureaux. "Vous n’auriez pas pu nous frapper plus durement. Nous sommes dix collaborateurs de BBDO et nous avons tous les dix été victimes de ce que vous minimisez comme étant des "incidents" . Des jeunes qui vous volent votre sac à main avec violence, qui cassent les vitres de votre voiture [...] L’un d’entre eux n’a pas hésité à braquer un revolver sur un de nos collègues." Pour eux, il ne s’agit pas d’une question politique ni communautaire. "Nous voulons seulement pouvoir nous rendre en toute sécurité à notre travail. C’est le minimum que nous pouvons attendre de notre bourgmestre." Le débat semble bien ouvert...