Belgique

Une marque de fabrique de Canvas, la seconde chaîne de télé publique flamande, est qu’elle s’impose des règles qualitatives qui vont bien au-delà de la quête d’audiences himalayennes. Ce n’est du reste pas le style de la maison. Chez nos collègues de la Reyerslaan, une émission historique part toujours d’une préparation scientifique pointue avec des remises en perspective sous la houlette d’experts incontestés. Pour éclairer 40-45 en Belgique, Bruno De Wever et Koen Aerts, tous deux contemporanistes de l’Alma Mater gantoise le sont de toute évidence.

Aussi "De kinderen van de collaboratie" ne sera pas qu’une suite de témoignages. La série, qui se déclinera tous les mardis à partir du 7 novembre en six épisodes (la guerre, la libération de la Belgique, la répression, l’environnement noir, la Flandre et la Shoah), sera ponctuée par un documentaire de synthèse le 19 décembre sur la mémoire collective du deuxième conflit mondial dans nos contrées.

Un mythe francophone persistant

A l’heure où l’on vient de relancer la polémique autour des rues Cyriel Verschaeve - un prêtre collaborateur -, il n’est pas inutile de se demander pourquoi les clivages d’hier entre les "bons" et les "mauvais" - des qualifications interchangeables selon que l’on se trouve dans le camp des résistants ou des collaborateurs - restent si marqués. Ce sera aussi l’occasion de se demander pourquoi le débat sur la collaboration n’a jamais vraiment été lancé en Belgique francophone. Contrairement à la légende dorée, la Wallonie ne fut pas qu’une terre d’héroïsme résistant si l’on veut bien prendre la peine de comparer les statistiques de ceux qui se sont fourvoyés avec l’ennemi.

Un projet commun VRT-RTBF autour de la Résistance ?

Du côté de la RTBF, on aimerait retrouver le dynamisme de projets comme "14-18" avec Henri Mordant, Jacques Bredael et Cie ou encore des "Jours de guerre" ou "Années belges". Il n’y a pas eu de réels contacts entre les deux télés du boulevard Reyers mais nombre d’amateurs du passé qui ne manient pas avec aisance le néerlandais s’enrichiraient à voir la série en version sous-titrée…

Précision : pour Koen Aerts, la réflexion doit être complétée par une série sur les enfants des résistants. Cette fois, selon le chercheur, on peut imaginer une collaboration entre la VRT et la RTBF. Des experts francophones tels Chantal Kesteloot (CegeSoma) et Pieter Lagrou (ULB) participeront du reste à l’émission sur la mémoire collective à côté de ceux du Vredescentrum, de Kazerne Dossin et du Cegesoma. Enfin, le lien avec le présent sera fait le mardi 5 décembre à Bozar où se déroulera un débat public au titre un brin provocateur ("SS of IS, wat te leren uit het verleden") qui se penchera sur les (dé) radicalisations d’hier et d’aujourd’hui. Par exemple sur celle des combattants de l’Etat islamique en Syrie qui, au fond, doivent être dans le même état d’esprit que les Oostfronters d’hier…


Ambassadeur ou excellent soldat de l’armée belge…

Sus aux clichés. Dans "De kinderen van de collaboratie", on trouvera donc plusieurs témoins qui, tout en rejetant les idées de leurs parents, restent convaincus que l’avenir de la Flandre passe par l’indépendance. Mais on y rencontrera également des descendants qui, par leur propre vie, ont dépassé la polarisation entre le blanc et le noir… C’est le cas de Willy Laporte qui a enseigné à l’Université de Gand. Non sans quelque émotion, il nous a expliqué qu’il avait beaucoup souffert de la perte des siens mais qu’il fut néanmoins complètement débarrassé de toute velléité guerrière ou revancharde en découvrant les suites du bombardement d’Hildesheim. Son frère fut ensuite appelé sous les drapeaux belges et y développa un service sans faute, suscitant l’admiration de ses supérieurs. Parmi les "fils de", on trouvera aussi Herman Portocarrero qui fit une carrière diplomatique qui l’amena à devenir ambassadeur de Belgique… Quant aux frères Van den Brempt, leur désir est que les Belges francophones découvrent eux aussi la série. Dans un but de rapprochement communautaire…