Belgique

Le nombre de permis de conduire accordés chaque année en Belgique a diminué de 18 % depuis 2010.

Il fut un temps où les jeunes attendaient impatiemment d’avoir 18 ans pour passer leur permis de conduire et s’asseoir au volant d’une voiture. Le phénomène est en nette régression pour des raisons d’ordre sociologique. Et cela a des incidences sur le nombre d’accidents et de victimes dans la tranche des 18-24 ans." Porte-parole de Vias (l’ancien Institut belge pour la sécurité routière), Benoît Godart confirmait, jeudi, l’information donnée par la VRT selon laquelle le SPF Mobilité décernait de moins en moins de permis de conduire.

On en a accordé 111 991 en 2018, soit une baisse de 18 % par rapport à 2010. Seule l’année 2016 a révélé un léger regain.

À la VRT, Werner De Dobbeleer de la Fondation flamande de la conduite automobile, déclarait que de nouvelles règles pour l’obtention du permis ont été introduites en 2017 et que le rebond constaté en 2016 s’explique par le fait que des candidats ont tenté d’obtenir leur permis avant que la réglementation se durcisse.

Pollution et réseaux sociaux

En vérité, explique Benoît Godart, le phénomène, qui ne concerne pas seulement la Belgique mais l’Europe entière, est lié à une profonde modification du mode de vie des jeunes.

"Beaucoup ne ressentent plus ni la nécessité, ni l’envie de rouler en voiture. Pour eux, une voiture ça coûte cher à l’achat et à l’entretien, ça pollue, c’est dangereux et en posséder une n’a plus de signification sociale positive, au contraire."

À ce constat s’en ajoutent d’autres : "Les jeunes n’éprouvent plus le même besoin de se déplacer. Il y a trente ans, ils n’hésitaient pas à faire des kilomètres pour sortir dans un dancing le samedi soir. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas et les grands dancings de province ferment les uns après les autres. Les jeunes préfèrent des sorties dans leur quartier ou leur ville et empruntent donc d’autres moyens de locomotion", analyse Benoît Godart. Pour qui les réseaux sociaux ont également tout changé. "On communique par voie électronique alors qu’avant, on sortait de chez soi pour rencontrer ses amis."

Et puis, de plus en plus de jeunes habitent en zone urbaine où existe une offre grandissante de transports publics.

Bref, la génération des 18-25 ans se déplace et dépense autrement. "Plutôt que de consacrer de l’argent à l’obtention du permis et à l’entretien d’une voiture, ils achètent des smartphones, partent en voyage, etc.", commente Werner De Dobbeleer.

Moins de tués

Arrive-t-il un moment où ces jeunes passent quand même à la conduite automobile ? "Oui, pour certains d’entre eux, indique Benoît Godart. Lorsqu’ils fondent une famille, lorsqu’ils décrochent un travail qui implique des déplacements, ils s’y mettent. Mais nettement plus tard qu’auparavant. Et certains prennent le pli de se passer de voiture."

Ces changements de comportement ont un impact positif sur les chiffres de la sécurité routière, conclut Benoît Godart. "Depuis dix ans, le nombre d’accidents impliquant les 18-24 ans a diminué de 35 % et le nombre de tués a baissé de 55 %. C’est significatif."