Belgique

La substitute du procureur du Roi a poursuivi son réquisitoire, vendredi après-midi, en examinant le cas de deux victimes, dans l'affaire qui concerne des maltraitances présumées commises par des agents pénitentiaires sur des détenus. L'une des victimes avait été frappée parce qu'elle refusait de se déshabiller, a notamment évoqué la procureure. Une vingtaine d'agents pénitentiaires de la prison de Forest sont prévenus devant le tribunal correctionnel de Bruxelles de coups et blessures ainsi que de traitements inhumains et dégradants commis à l'égard de détenus, entre 2014 et 2015. La substitute du procureur du Roi terminera son réquisitoire lundi matin, en examinant le cas de la dernière victime, H.D.S., le plus important de ce dossier. Elle détaillera ensuite les peines qu'elle requiert à l'encontre de chacun des nombreux prévenus.

Vendredi après-midi, la procureure a évoqué le cas d'un détenu, T.C., qui a affirmé avoir subi des mauvais traitements par ses gardiens. "Même le psychologue de T.C. avait fait état de ce qu'il a subi des actes de violence. Il a été frappé parce qu'il refusait de se déshabiller", a déclaré la procureure.

Celle-ci a également évoqué le cas de H.S., un détenu qui avait été passé à tabac par des gardiens le 6 janvier 2015. "H.S. avait relaté des coups et blessures, des traitements inhumains, des contrôles répétés et arbitraires et des mises au cachot avec violence. Il avait été interviewé par une journaliste de RTL à sa sortie de prison, à qui il avait raconté ce qu'il avait subi. Peu après, il avait fait une déclaration à la police. Il avait affirmé que la journaliste avait grossi le trait mais il avait maintenu sa version des faits", a expliqué la procureure. "Par ailleurs, des certificats médicaux avaient été déposés, attestant de lésions corporelles".

Dans ce procès, 22 agents pénitentiaires sont prévenus pour coups et blessures, traitements inhumains et dégradants ainsi que harcèlement à l'encontre de détenus, à la prison de Forest, entre 2014 et 2015.

L'enquête avait débuté après que des plaintes eurent été déposées, par des détenus et par un directeur de la prison lui-même, pour des expéditions punitives répétées sur des détenus, perpétrées par des gardiens aux différents statuts: assistant pénitentiaire, agent de section, chef quartier ou adjudant.

Les agents pénitentiaires dont il est question étaient, au moment des faits, en service depuis plusieurs années dans l'aile D de la prison, et surnommés par des détenus les "SS".

Ils auraient considéré comme un jeu le fait d'insulter, d'humilier ou de provoquer des détenus, organisant des paris sur le nombre de prisonniers qu'ils parviendraient à envoyer en cellule d'isolement sur une journée.

Ils auraient notamment coupé régulièrement l'électricité dans une cellule afin de provoquer des incidents entre détenus, envoyé des prisonniers aux toilettes sans papier WC, laissé des détenus à l'isolement alors qu'ils avaient droit à une promenade ou encore coupé l'eau de la douche pendant que des détenus se lavaient.

Les victimes sont toutes des détenus fragiles, certains souffrant de problèmes psychologiques, d'autres ne parlant pas un mot de français.

Selon l'enquête, les faits dont il est question avaient débuté en 2014 alors qu'il y avait des dysfonctionnements évidents dans l'organisation de la prison de Forest. L'enquête s'était révélée compliquée en raison de l'omerta qui régnait parmi les agents pénitentiaires.