Belgique

Ce sont deux incidents apparemment anodins, survenus dimanche dans le quartier de Droixhe, à Liège, qui ont mis le feu aux poudres.

La police, envoyée sur les lieux d’un accident de roulage entre un cycliste et une voiture puis appelée pour un différend conjugal, a été accueillie à coups de jets de pierres et de bouteilles par une centaine de jeunes habitant le quartier.

Les policiers, dépassés par l’ampleur des événements, se sont retirés. Ils ont fait appel à des renforts et à l’assistance d’une autopompe de la police fédérale. Environ septante hommes, avec boucliers et casques, ont pu repousser les assaillants. Pendant toute l’intervention, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pierre, de canettes de bière et de bouteilles. Un inspecteur a été blessé à la main et subira une incapacité de travail de quatre jours.

Le commissariat de Droixhe a vu la plupart de ses vitres brisées et un véhicule de police a été démoli. Ce n’est que lundi, vers 3h30, que le calme est revenu et que le piquet de police a été levé. Le quartier reste toutefois sous surveillance.

Lundi matin, à la suite de ces émeutes, un jeune homme de 25 ans a été appréhendé et déféré au parquet de Liège. El K. est accusé d’être l’auteur de faits de harcèlement sur son ancienne compagne. C’est à la suite de l’appel passé à la police par cette dame et à l’intervention policière sur place que les incidents auraient éclaté. Selon le chef de corps de la police de Liège, Christian Beaupère, ce sont des proches de la victime et de l’agresseur qui ont voulu en découdre avec les forces de l’ordre. Les auteurs de ces faits de violence n’ont pas formellement été identifiés. Seules cinq personnes ont été écrouées par mesure administrative.

Le quartier de Droixhe est ce que l’on peut appeler une zone sensible. Situé sur la rive droite de la Meuse, il se compose principalement de tours de logements sociaux, construites dans les années 50.

A l’époque, cet ensemble d’immeubles incarnait la modernité. Chaque appartement était équipé d’une salle de bains et du chauffage central. Dans les années 60, l’occupation des appartements reflétait une certaine mixité sociale. Depuis les années 80, ce n’est plus le cas : 90 % des logements sont habités par des inactifs. Les bâtiments ont mal vieilli et le quartier s’est lentement transformé en une zone de quasi non-droit.

La délinquance en tous genres y était monnaie courante : vols, trafics de drogue, bagarres, agressions, vandalisme. Autant de faits qui pourrissaient la vie des habitants et qui n’étaient pas toujours causés par des natifs du quartier. Des bandes extérieures avaient élu domicile à l’ombre des tours et y régnaient en maîtres.

Des initiatives diverses ont éclos afin de renouer du lien social : implantation d’un cinéma, d’une maison de jeunes, commissariat ouvert 24h/24 Ces mesures n’ont pas empêché des violences urbaines d’enflammer sporadiquement le quartier. Voitures incendiées, cocktail Molotov jeté dans un bus, jets de pierres contre le commissariat, incendie criminel dans une école, des gestes forts, qui font penser à ce qu’on peut voir dans les banlieues françaises.

Et pourtant, Droixhe est sur le point de changer de visage à tout jamais. Un plan de requalification est en marche depuis un an. La Ville de Liège a décidé d’en finir avec ces tours, symboles d’un autre temps. Des buildings entiers ont été rasés; d’autres sont en cours de démolition. Les locataires sont relogés dans d’autres quartiers.

Droixhe, vidé d’une partie de ses habitants, semblait avoir retrouvé son calme. Les incidents de dimanche prouvent que le feu couve toujours sous la braise et que la violence peut éclater sous n’importe quel prétexte et à tout moment. La police de Liège se veut rassurante et pense que les tensions retomberont rapidement. Les résidents, eux, semblent lassés de voir, une fois de plus, l’image de leur quartier salie.Isabelle Lemaire (avec Belga)