Belgique Analyse

Est-ce pour l’entamer ou l’enterrer que le Parlement wallon programme ce mercredi un débat "sur le renforcement de l’identité wallonne"? La perplexité va en tout cas le dominer si l’on se réfère aux premières réactions politiques qui ont suivi l’invitation de Rudy Demotte: accueil glacé dans la majorité, rejet chaud dans l’opposition.

Donc, lundi dernier, dans les quotidiens de "Sud-Presse", le double ministre-Président explique: "Il manque toujours à la Wallonie un projet identitaire unificateur et mobilisateur, un projet qui soutienne une conscience collective wallonne décomplexée".

En pleine crise, les gens s’en foutent. Ainsi, en substance, a-t-on entendu réagir. Singulièrement, des milieux libéraux qui n’ont pourtant pas éprouvé les mêmes réticences en souhaitant relancer à nouveau le débat sur l’obligation de voter ou le mode de scrutin

Or, si surprise il y a, ce ne serait pas tant dans le moment du message que dans le chef de son expéditeur. C’est que 2010 verra célébrer sinon fêter les 30 ans des Régions wallonne et flamande, et est en principe vierge de toute échéance électorale: la conjoncture est propice à des sujets, disons, distanciés. En revanche, on n’en attendait pas forcément preneur un Demotte auquel on ne connaissait ni de fibre wallonnisante ni de penchant pour l’institutionnel en chambre. Du coup, on ne peut écarter une sortie inspirée par des desseins tactiques, dans un PS déserté par la vieille génération régionaliste. Lui qui personnifie tant la synthèse, le dénominateur commun, le prosaïsme lisse, peut ressentir la nécessité d’un profil plus appuyé dans l’un ou l’autre registre

Quand bien même, le sujet n’est pas pour autant à écarter d’un haussement d’épaules. En soi, il n’est pas dérisoire même si, en évoquant notamment le souhait d’une devise régionale, M. Demotte a sous-estimé le risque d’infantiliser son propos. Ni inutile, d’autant que l’identité wallonne n’existe toujours guère ou s’imbrique dans une addition de sentiments d’appartenance dont l’origine locale est souvent celui qui domine. Ni impertinent, ne serait-ce que parce que les articulations entre la Wallonie et Bruxelles restent une contrainte compliquée et insaisissable (pas moins aujourd’hui qu’hier, lorsque l’on ne sait trop si les connivences entre les exécutifs régional wallon et communautaire français sont marquées par la fusion ou la confusion). Ni absurde: le redressement de la Région peut passer à la fois par son image et par l’adhésion dont on l’honore; en somme, par son identité.

Mais, précisément, peu de termes sont aussi équivoques. Il est d’ailleurs significatif que M. Demotte ne veuille déjà plus l’assumer, le troquant contre une moins connotée ou plus fade "conscience de ce que l’on fait" En fait, tout dépend de son acception. L’identité n’est pas forcément repli; ni radicalisation nationaliste comme on l’entend trop souvent en Flandre; ni "croisade anti" comme elle a dégénéré en France. Le concept est tout sauf négatif si on singularise par là un type de citoyenneté politique, d’enracinement, de dessein collectif voire de fierté. Le concept est toutefois ardu. Les tentatives précédentes de nourrir le sujet le prouvent. Notamment parce que les appels à adhérer se gâtent facilement dans la promotion voire la propagande d’une politique régionale déterminée. Il y a là, impérieux, un juste milieu à trouver. Tout comme dans les critiques décochées à la Wallonie, auxquelles un courant identitaire peut faire figure de riposte: entre celles que la Région mérite toujours d’abondance et celles redevables de quolibets toujours débiles.