Belgique

Blockbuster. Alors que les évasions en cascade de ces dernières semaines des établissements pénitentiaires belges constituent le film à rebondissement de l’été, Marc Verwilghen, ministre de la Justice entre 1999 et 2003, a ravivé les braises qui s’éteignaient. Dans des propos accordés au "Laatste Nieuws" mardi, le libéral flamand a carbonisé la politique menée par le Parti socialiste en matière pénitentiaire au gouvernement fédéral.

"Si Stefaan De Clerck (l’actuel ministre de la Justice CD&V, NdlR) veut néanmoins se décharger sur quelqu’un, qu’il tire sur le PS, mais pas sur moi", a balancé Marc Verwilghen. Et celui qui se rendit célèbre en présidant la Commission d’enquête Dutroux de poursuivre : "La politique pénitentiaire ne changera pas sous Stefaan De Clerck non plus. Car le vrai problème, et Stefaan le sait, c’est le PS. Tant que ce parti sera au gouvernement - et il y est depuis 1988 - il n’y aura pas de changement. Stefaan De Clerck promet 1 500 nouvelles cellules, mais je ne pense pas que cela arrivera rapidement. Le PS se mettra en travers."

Des propos qui restent en travers de la gorge de la vice-Première ministre Laurette Onkelinx (PS). Celle-ci fut ministre de la Justice de 2003 à 2007. Pour "La Libre", elle commente les évènements (pénitentiaires) de ces dernières semaines : "Je comprends, dit-elle, que cet été est très difficile au niveau de la politique pénitentiaire, mais ce n’est pas la première fois. J’ai connu quelques étés pénibles avant Stefaan de Clerck. Et je pense qu’il faut arrêter de jouer les derviches tourneurs amateurs ! Ça suffit de tourner de tous les côtés en rejetant la faute sur l’un ou l’autre. Un peu de sang-froid ! Cela n’a aucun sens et je demande aujourd’hui qu’on se calme devant ces évasions ! On doit mener une politique carcérale de moyen terme."

"J’avais pris des mesures pour augmenter la capacité carcérale : 1277 nouvelles places créées à l’horizon 2010, précise Laurette Onkelinx . Le gouvernement avait décidé cette mesure, après concertation entre l’Intérieur et la Justice, en 2004." Une enveloppe de 173 millions d’euros avait d’ailleurs été provisionnée à cet effet.

Cela dit, reprend la vice-Première ministre, "qu’on soit conscient d’une chose : cela ne suffit pas ! On ne peut pas simplement construire ou rénover de nouvelles cellules. Dire qu’on augmente la capacité carcérale et penser qu’on a ainsi résolu tous les problèmes, c’est d’un simplisme affligeant".

Et la socialiste de lister les différentes avancées qui ont été enregistrées lors de son passage au ministère de la Justice entre 2003 et 2007 : "On a développé les peines de travail (de 600 à plus de 11000 en 2006) , dit-elle. On a également développé la surveillance électronique, on a revu la procédure de détention préventive, on a revu la politique pour les internés - ceux-ci doivent être soignés, ce n’est pas leur place en prison." Parallèlement à cela, "on a amélioré les conditions de travail des gardiens de prison", insiste Laurette Onkelinx.

Donc, ponctue la vice-Première, "je pense qu’il faut poursuivre sur cette voie. Par exemple, quand le PS dit que les toxicomanes n’ont pas leur place en prison, mais c’est évident ! Il faut maintenant trouver le moyen de désengorger les prisons en trouvant des solutions alternatives. C’est quelque chose de complexe, il faut examiner la politique pénitentiaire, garder le cap, faire ce travail dans le calme et ne pas céder à la désorientation parce qu’il arrive quelques évasions".

Et Laurette Onkelinx de conclure : "Aujourd’hui, la responsabilité individuelle du ministre Stefaan De Clerck dans ces évasions n’est pas engagée. D’ailleurs, je ne connais pas de période où il n’y ait pas eu d’évasion : ça n’existe pas."