Belgique

La mort d'un homme poussé au désespoir parce qu'il n'entrevoit plus la moindre issue à sa vie est, quels que soient les circonstances et le contexte de l'événement, un drame personnel et un échec pour la société.

A Merksplas, un homme s'est suicidé parce qu'il ne supportait pas la perspective d'être renvoyé au Cameroun. Une première tentative d'expulsion avait échoué mais laissé des traces telles qu'en apprenant qu'il serait à nouveau embarqué de force dans un avion à destination de Douala, Ebenizer Folefack Sontsa a craqué et s'est pendu.

Son avocat, Me Alexis Deswaef, qui est un idéaliste mais pas un extrémiste et dont le travail de défense des sans-papiers est exemplaire, pointe du doigt la responsabilité du gouvernement belge. Celui-ci a-t-il, comme on l'a entendu dire, la mort de M. Folefack sur la conscience ?

La formule est trop violente pour être acceptable. Les lois sont faites pour être respectées et appliquées et, en l'occurrence, le désespéré de Merksplas avait pu faire valoir ses droits. En vain certes mais encore. On n'est donc pas dans le même cadre que la mort de Semira Adamu, étouffée lors d'une autre opération de rapatriement en raison de l'application aveugle de techniques d'expulsion imbéciles.

Il n'empêche qu'on doit, avec les défenseurs des sans papiers mais aussi avec des formations politiques sensées, exiger que le gouvernement décide d'un moratoire en matière d'expulsions. Et exiger aussi qu'il adopte sans plus tarder la circulaire ministérielle précisant la nature exacte des critères de longue procédure et d'ancrage durable qui permettront de dire, au cas par cas, si les illégaux installés en Belgique avant le 31 mars 2007 peuvent rester sur notre territoire. Et cela en application, rien de plus, rien de moins, de l'accord de gouvernement.

Tant que ce ne sera pas fait, le flou subsistera. Peut-être certains jouent-ils un jeu dangereux en faisant croire aux étrangers aujourd'hui menacés d'expulsion qu'ils ne risqueraient plus rien dans l'avenir. Peut-être l'Office des étrangers a-t-il raison quand il affirme ne pas renvoyer à tort et à travers les sans-papiers. Mais tant que cette situation hybride subsistera, que l'incertitude régnera, qu'on appliquera les anciens critères en sachant bien que d'autres vont être retenus sous peu, on encouragera les dérives et on s'exposera à des drames comme celui de Merksplas. Il est temps que le gouvernement agisse et qu'en attendant, il protège des êtres humains fragiles contre leur propre désespoir.