Belgique C’est finalement avec un orteil foulé et quelques brûlures au dos que Margo Fruitier s’en est sortie. En début de semaine, la leader des Femen belges s’était vue violemment interpellée par l’un des hommes assurant la sécurité du Premier ministre tunisien et ce, tandis qu’elle et deux de ses camarades s’étaient jetées "seins nus" sur la voiture de ce dernier. Une action "coup de poing" visant à protester contre la condamnation des trois Femen européennes par un tribunal tunisien, c’était le 12 juin dernier. Rencontre avec l’intéressée.

Vous considérez-vous comme féministes ?

Bien sûr, Femen est un mouvement féministe. Je sais que ce terme est souvent perçu comme un gros mot dans l’esprit des gens. Mais les féministes, ce ne sont pas forcément des femmes de 50 ans qui n’aiment pas les hommes, qui ont des poils et qui sont lesbiennes. Moi, j’ai 23 ans, je suis hétéro et j’avoue, je n’aime pas montrer mes jambes si elles ne sont pas rasées (rires). Plus sérieusement, Femen entend s’attaquer à un système global de pensée, qui est un système masculin et patriarcal où les femmes sont plus souvent en précarité que les hommes. Alors, s’attaquer au patriarcal, cela peut faire sourire, mais je pense que l’on dépose réellement quelque chose dans l’esprit des gens.  

Quels sont vos combats précisément ?  

Il y a trois piliers qui, pour nous, sont les meilleurs outils d’oppression du patriarcal : la dictature et les fausses démocraties (actions contre Poutine, Berlusconi,…) ; l’industrie du sexe où la femme est systématiquement mise dans une position de dominée; et enfin la religion, du moins à partir du moment où elle sort des sphères privées, où elle devient dogmatique et se veut oppresseur de la femme. Parce que, malheureusement, dans l’histoire et dans ce que l’on peut constater aujourd’hui, où commence la religion, généralement les droits de la femme s’interrompent.  

Que répondez-vous à ceux qui disent que les Femen véhiculent une image dégradante de la femme, la réduisent à une paire de seins ?
Si c’était le cas, on serait accueillies de la même manière que toutes ces publicités où le corps de la femme est exhibé. Or, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas banalisé du tout de la même façon. Nous, on dénonce justement cette banalisation du corps de la femme qui devient un objet commercial. Nos seins sont politiques. C’est extrêmement dérangeant pour les gens. Le politiquement incorrect, c’est l’avenir. C’est pour ça que l’on est autant médiatisées. C’est pour ça que nous sommes détestées, et que l’on parle autant de nous.

A force de réitérer les mêmes scénarios d’action, ne craignez-vous pas que les gens se lassent de vous ?  

On verra, mais cela fait déjà cinq ans que le mouvement existe à une échelle internationale et je trouve cela magnifique. Il y a des mouvements qui naissent un peu partout dans le monde.  

Est-ce que certains politiques belges vous ont déjà contactées pour en savoir davantage sur votre mouvement ?  

Non, aucun. Par contre, on pourrait être amenées à attaquer des hommes ou femmes politiques belges s’il y a quelque chose qui nous paraît attaquable.  

L’avez-vous déjà envisagé ?

Oui, mais n’essayez pas d’en savoir plus (rires…) parce que c’est justement l’une de nos prochaines cibles. Il y a une personnalité politique qui a fait des choses ces derniers temps, et que nous envisageons d’attaquer.

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