Belgique

A la veille du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, la Police fédérale et la Kazerne Dossin (le musée de l'Holocauste et des droits de l'Homme) ont présenté jeudi les résultats d'une étude sur l'attitude des policiers dans le cadre de leur travail après le suivi de la formation "Holocauste, police et droits de l'Homme". 

Cette formation est partie du constat que des policiers se sont retrouvés face à de graves dilemmes lorsque les nazis les ont obligés à commettre des rafles à l'encontre des Juifs et qu'ils sont amenés dans leur travail quotidien à rencontrer des situations où leurs choix pourraient mettre à mal les droits de l'Homme. Lancée en 2014, elle a déjà été suivie sur base volontaire par plus de 8.200 membres du personnel de la police.

Cette formation d'une journée comprenait au matin une visite guidée du musée axée sur le rôle de la police lors de la Seconde Guerre mondiale et dans l'après-midi à une mise en perspective des notions de pouvoir, responsabilité partagée et dynamique de groupe dans des exemples pratiques tirés de leur travail quotidien.

"Notre approche vise à comprendre comment une société mais aussi une organisation comme la police - au même titre que d'autres groupes dans la société - peuvent suivre une pente dangereuse jusqu'à graduellement adopter des points de vue et des actes extrémistes", explique Christophe Busch, directeur de la Kazerne Dossin. "Ce que nous essayons de montrer aux policiers est que bien sûr il y a la camaraderie, l'esprit de groupe et l'autorité, autant de dynamiques qui influencent les gens, mais qu'il est important de les reconnaître et de trouver une place pour discuter de cette culture de groupe."

Les professeurs de sociologie Bram Spruyt et Filip Van Droogenbroeck (VUB) ont, à la demande de la Kazerne Dossin, étudié l'efficacité de la formation. Elle a été mesurée à l'aide de questionnaires à remplir avant la formation, au sortir de celle-ci et un mois après. Il ressort que 9 participants sur 10 estiment que la formation leur a apporté quelque chose, que près de 70% d'entre eux la juge utile dans leur travail quotidien et que 55% se sentent évoluer vers une approche différente des choses.

Plus spécifiquement, les répondants ont été confrontés à des cas de figure fictifs illustrant le comportement répréhensible d'un collègue. Après la formation, les répondants ont davantage pris au sérieux sa déviance aux droits, ont estimé qu'il méritait des sanctions plus sévères et étaient plus enclins à rapporter ses actes. Quant aux opinions socio-politiques des participants, ils étaient moins convaincus que certains groupes sociaux devaient être plus influents au sein de la société et que les inégalités sont une chose acceptable à l'issue de la formation. Les participants ont affirmé vouloir entamer des relations plus profondes avec des personnes issues d'autres groupes ethnico-culturels et semblaient également moins enclin à se conformer à l'autorité sans faire appel à leur esprit critique.

"La qualité du travail fourni et le respect d'autrui sont les principes et valeurs qui m'ont toujours animé", a déclaré Marc De Mesmaeker, commissaire général de la Police Fédérale. "Pour le premier, la qualité du travail, une certaine marge d'erreur humaine est certes acceptable, par contre, pour le second, à savoir la notion même de respect absolument pas ! L'intégrité et le respect des droits de l'homme font non seulement partie intégrante du métier policier, mais en constituent aussi la base. (...) Ces résultats me renforcent dans l'idée que le choix d'intégrer la formation "Holocauste, police et droits de l'homme" dans la formation de base des aspirants était le bon. Ces derniers disposent ainsi d'un cadre de référence clair dès leur premières expériences professionnelles. Un cadre qui s'inspire de l'Histoire et leur apprend à gérer les dilemmes susceptibles de se poser à eux."