Belgique

Prêtre, professeur émérite de journalisme à l’UCL, écrivain, théologien, Gabriel Ringlet publie ce 3 septembre "Vous me coucherez nu sur la terre nue", où il raconte, avec beaucoup de douceur et de pudeur, le chemin aux côtés de personnes qui ont fait une demande d’euthanasie. Ce livre est le récit de cet accompagnement spirituel au départ du service de soins palliatifs de la clinique Saint-Pierre, à Ottignies.

Gabriel Ringlet y explique comment il a été appelé, "au sens propre du terme", il y a quelques années, par le docteur Corinne Van Oost, médecin généraliste au sein de ce service. "Je ne m’y attendais vraiment pas. Et d’autant moins que tout mon cheminement personnel, y compris sur le plan intérieur, est du côté de la fragilité, du respect de la vie la plus ténue."

Pourquoi, alors, avoir répondu positivement à l’appel de cette femme médecin ?

Corinne Van Oost est venue me chercher en disant qu’elle avait face à elle des gens qui demandaient l’euthanasie et qui se trouvaient en très grande souffrance spirituelle. L’équipe soignante ne suffisait pas. Il fallait une dimension supplémentaire. Il fallait que quelqu’un puisse entendre leur demande jusqu’au bout. De fil en aiguille, je me suis trouvé entraîné sur ce chemin de l’accompagnement spirituel. Que ce soit à Saint-Pierre ou ailleurs, j’interviens toujours à la demande d’une clinique ou d’un médecin. Je trouve admirable la finesse de certains médecins de campagne qui sentent, au creux de la souffrance, l’interrogation intérieure de leurs patients et décident de passer le relais, pour travailler à deux.

Vous êtes présent au moment où se pratique l’injection létale ?

C’est une deuxième étape beaucoup plus récente, qui remonte à deux ans. Ce n’est pas simple de poser cet acte. Ne peut-on pas faire quelque chose qui l’élargisse, qui le dépasse pour qu’il ne soit pas simplement "technique" ? Autrement dit : est-ce qu’une parole est possible dans ces moments-là ? Je me suis très vite rendu compte que ce qu’on me demandait, c’était une démarche rituelle, au moins autant pour l’équipe soignante que pour le patient. Je devais réfléchir de manière très concrète à ce qui pourrait être une célébration ou plutôt, car ce mot est un peu trop ample, un accompagnement rituel, symbolique de ce moment-là. De faire en sorte que le patient, sa famille, le médecin, une infirmière, un bénévole… aient l’occasion de poser une parole, de dire un texte poétique, d’amener des gestes ou un parfum. Je me suis rendu compte que ça comptait vraiment énormément.

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