Belgique

Qui sont les hooligans qui ont convergé vers la place de la Bourse, dimanche, ont déroulé un calicot portant le slogan "Casual hooligans against terrorism" et se sont distingués par des chants racistes et fascisants ?

Des supporters

Ce sont des groupes de supporters, généralement ennemis, provenant de plusieurs clubs. Le noyau dur le mieux représenté serait celui du Sporting d’Anderlecht suivi, dans l’ordre, par ceux de Bruges, de la Gantoise, de l’Antwerp, du Beerschot, du Standard, de Charleroi, de Saint-Trond, de Genk, du FC Liège, du RWDM, de La Louvière et d’Eupen.

A entendre certains, seule une minorité aurait adopté une attitude violente et raciste. Le groupe aurait revêtu une tenue sombre en signe de deuil et la majorité n’aurait eu aucune volonté islamophobe. Reste que l’impression que ces 450 énergumènes ont laissée a été désastreuse et que plusieurs citoyens rassemblés pacifiquement place de la Bourse ont été molestés.

Les Allemands d’HoGeSa

Dans l’état actuel des choses, il semble toutefois difficile d’établir une comparaison entre ces hooligans (qui veulent se revoir la semaine prochaine à Molenbeek) et le groupe Hooligans contre salafistes (HoGeSa) qui a été créée à l’été 2014, en Allemagne.

Ce mouvement regroupe des militants d’extrême droite et des supporters plus ou moins apolitiques mais aimant la castagne. Pour plusieurs observateurs, la lutte contre le salafisme ne serait pour eux qu’un prétexte, une manière d’essayer de s’attirer la sympathie d’une partie de l’opinion publique allemande.

Celle-ci a appris à connaître les membres d’HoGeSa le 26 octobre 2014, lorsqu’une de ses manifestations avait dégénéré à Cologne, faisant 49 blessés parmi les forces de l’ordre. Ce jour-là, ils étaient 4 000 à occuper la place de la Gare et à hurler des slogans anti-musulmans et xénophobes, menaçant les musulmanes de viol et les musulmans de "noyades dans du sang de porc" .

Les autorités allemandes qui semblaient contrôler depuis la fin des années 1990 le phénomène du hooliganisme dans les stades furent très surprises par ce rassemblement qui, depuis, s’est reproduit à plusieurs occasions, notamment après que des femmes eurent fait l’objet d’agressions sexuelles, à Cologne, toujours, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre 2015-2016.

Cela dit, fin octobre 2015, à Cologne encore, HoGeSa n’avait mobilisé que 1 000 sympathisants lesquels s’étaient retrouvés devant 10 000 contre-manifestants et avaient eu le dessous.

Recul avant recrudescence

Pour en revenir à la Belgique, on peut écrire que le hooliganisme y a reculé ces trente dernières années mais que, surtout, le profil des hooligans a profondément changé. Pour Manu Comeron, administrateur de l’ASBL "Fan Coaching" de l’ULg, du temps de la catastrophe du Heysel, en 1985, et pendant les années 90, ce fut le règne des "sides" composés d’éléments très violents, avides de se battre contre leurs ennemis jurés dans le stade ou à proximité. Aujourd’hui, le mouvement est devenu plus organisé. Avec le développement des réseaux sociaux, l’arrivée des GSM et d’Internet, les casseurs se donnent le plus souvent rendez-vous en des lieux éloignés, en dehors même des jours de match.

Pour autant, le sociologue liégeois relève qu’on assiste à une augmentation des faits de "hooliganisme" depuis cinq ans. Ce ne sont plus des batailles rangées ou des affrontements sanglants entre fans et forces de l’ordre mais des échauffourées rapides aux abords des stades ou sur le chemin qui y mène (aire d’autoroute, gares, etc.). Le pire incident de ces derniers mois s’est produit lors de la finale de la Coupe de Belgique 2015, entre le FC Bruges et le RSC Anderlecht.

Pour le reste, dans certains stades flamands, le racisme anti-noir et anti-wallon s’exprime chaque semaine. Il suffit qu’un joueur de couleur touche le ballon pour que quelques centaines d’imbéciles lancent des cris de singe ou qu’une équipe du sud vienne jouer pour qu’on entende monter des tribunes des chants du style "les Wallons, c’est du caca" .