Belgique

Le PS revient de loin. Il y a quelques mois vous étiez prêts à monter sur les barricades de l'opposition, aujourd'hui, vous êtes dans la majorité...

Oui, c'est vrai. Mais l'opposition ne nous a jamais fait peur. On est venus nous chercher, nous avons dit "OK" et nous montrons combien nous sommes utiles. Les deux accords qui viennent d'être engrangés (Budget et 1er "paquet" institutionnel, NdlR) montrent que le PS est un facteur de stabilité. La participation du PS, sans être immodeste, se traduit aussi par un climat de confiance qui se reconstruit. Donc, ça me fait plaisir. Mais ce qu'on a pu engranger, c'est un succès collectif des cinq partis de la majorité.

Vous parlez de confiance retrouvée mais le CD & V a déjà posé ses conditions : une réforme de l'Etat d'ici à la mi-juillet ou il fait sauter le gouvernement...

Le CD & V avait dit qu'il ne participerait pas à un gouvernement sans scission de BHV ni sans grande réforme de l'Etat... Or, que je sache, le CD & V est au gouvernement et il n'a pas obtenu les concessions qu'il a réclamées. Il assume. Il a des difficultés avec la N-VA mais il reste au gouvernement. C'est facile de critiquer mais si on veut travailler en confiance, il faut aussi accepter les difficultés des autres. Mettre en cause ce qui va se passer le 20 mars, le fait qu'Yves Leterme sera Premier ministre, c'est donner du grain à moudre à l'aile radicale du CD & V et à la N-VA.

L'accord entre les cinq partis - CD & V, Open VLD, MR, PS et CDH - stipule que Leterme sera formateur ou Premier ministre ?

Premier ministre. Yves Leterme formera le gouvernement puis deviendra Premier ministre. On a intérêt à respecter ses engagements sinon on va repartir dans une crise comme en juin dernier. C'est de la folie !

Selon Didier Reynders, le retrait de la N-VA, ou du moins son abstention, change la donne politique. Et pour vous ?

Mais que cherche Didier Reynders en disant cela ? Quel bonheur en retire-t-il alors qu'il sait qu'il faudra respecter les engagements ? Je n'en sais rien ! Le cartel existe toujours : il n'est pas au gouvernement mais il est toujours au Parlement...

Le président du MR Didier Reynders regrette que les francophones ne puissent défendre la candidature d'un Premier ministre francophone. Vous aviez dit qu'Yves Leterme était "un homme dangereux" pourtant le PS le soutient...

Je pense que le meilleur ennemi de Didier Reynders c'est lui-même. C'est un homme qui vient de gâcher beaucoup des chances qu'il a eues parce qu'il entretient toujours la polémique. Je pense qu'à un moment donné pour prétendre au poste de Premier il faut être un rassembleur. Il faut arrêter de vivre sans cesse dans la division et la polémique.

Yves Leterme est-il devenu un rassembleur ?

Je ne dis pas cela. Je dis simplement qu'il y a eu un accord sur Yves Leterme Premier ministre.

Le profil d'Yves Leterme a-t-il évolué ces derniers temps ?

Je crois qu'il a eu de grosses difficultés d'acclimatation, c'est le moins qu'on puisse dire en passant du niveau flamand au Fédéral. Il a commis des grosses gaffes. Mais je pense que pour l'avenir de ce pays, on a intérêt à soutenir Yves Leterme.

La question d'un Premier ministre francophone n'est donc absolument pas d'actualité...

Un jour j'espère qu'elle le sera. Je le revendique pour un francophone. Mais aujourd'hui on a pris un engagement et on le respectera. La prochaine fois, on essayera de trouver un francophone. Parmi les présidents de parti actuels, je pense que tous les quatre sont capables. Mais ils doivent être des rassembleurs d'abord et avant tout.

Peut-être le MR veut-il un rééquilibrage des portefeuilles ministériels en fonction de la nouvelle situation politique ?

C'est une discussion entre présidents de parti. Le MR a 23 sièges, nous en avons 20. Mais ils ont la présidence du Sénat, je n'y vois pas un problème. Et ils ont un commissaire européen. Ce qui compte c'est d'avancer et de restaurer la confiance.

Vous ne prenez donc pas l'ultimatum du CD & V - le 21 juillet - au sérieux ?

On doit réussir la réforme de l'Etat. Quelques mois plus tard, on a les élections régionales : que veut-on ? Pousser davantage l'intégrisme flamand ? On va aller droit vers un pays ingérable si on ne prend pas garde. On sait bien qu'il faudra une réforme de l'Etat équilibrée : on ne touchera pas à la Sécurité sociale. Mais à côté de cela, on doit avancer. Sur BHV, on sait bien que si c'est une scission, c'est l'élargissement de Bruxelles. Donc, on va peut-être trouver autre chose.

Etes-vous en faveur d'une circonscription fédérale unique ?

Il ne faut pas se leurrer : cela va être une bagarre entre ténors flamands avec, parfois, une importation côté francophone des problèmes flamands. Il y a du pour et du contre. Le pour : l'obligation de mener une campagne sur les intérêts généraux du pays. L'effet pervers : les francophones vont avoir une difficulté, pour des raisons de nombre. Le contre : on risque de connaître l'importation de certains slogans qui ont fait le succès du Vlaams Belang. On a toujours fait barrière ensemble contre cela. La circonscription fédérale mérite réflexion.

Au parti socialiste, les régionalistes wallons semblent reprendre du poil de la bête...

C'est normal à partir du moment où l'on discute des régionalisations de compétences. Vous aurez toujours des différences d'appréciation entre, par exemple José Happart et moi. Je lui ai encore demandé récemment : "Mais comment peux-tu imaginer l'avenir des Wallons sans Bruxelles ?" Ça n'a aucun sens... Ce qui a du sens, c'est une solidarité francophone plus forte et plus structurée entre francophones de Bruxelles et de Wallonie. Je pense que le groupe Wallonie-Bruxelles, Spaak-Busquin, va conclure quelque chose d'important.

A terme, un gouvernement associant Wallons et Bruxellois, c'est souhaitable ?

Ce sera toujours un peu compliqué, parce que Bruxelles est une région bilingue. Mais quand je dirigeais le gouvernement de la Communauté française, j'étais la seule à ne pas être ministre régionale. Je trouvais cela bien. On peut aller encore plus loin.

Etes-vous toujours favorable à un élargissement de la coalition fédérale, voire à l'instauration d'une majorité d'union nationale reprenant tous les partis démocratiques ?

J'y suis toujours favorable. Quand on a des défis comme on en a, il faut se rassembler. Mais il faut voir si c'est possible ou pas.

N'est-il pas paradoxal de vouloir un gouvernement d'union nationale et en même temps un programme socio-économique fort, où chacun voudra forcément retrouver tout son programme ?

Cet argument, on l'a répété pendant toute la négociation de l'orange bleue. C'est de la couillonnade en boîte. Je pense que l'on peut avoir un programme fort avec tout le monde autour de la table. Parce que si le SP.A est là, ce que j'espère, la famille socialiste sera à nouveau réunie et surtout, du côté flamand, il y aura une majorité confortable. Ce n'est pas négligeable. On ne sait ce qui va se passer avec le cartel.

Mais pourquoi vouloir aussi les écologistes ?

Ce n'est pas avec eux qu'on aura des problèmes majeurs pour ficeler un programme.

Oui, mais alors le débat politique se résumera à un dialogue entre l'extrême-droite et les partis démocrates...

Je sais cela. Mais la Belgique n'est pas dans un moment normal. Moi, ce que je veux, c'est qu'après avoir connu les lois du 8 août 80 et les lois du 8 août 88, on connaîtra les lois du 8 août 2008.

Si le SP.A avait été autour de la table, pensez-vous que vous auriez pu changer la loi sur les intérêts notionnels ?

Je n'ai pas de problème avec l'accord sur les intérêts notionnels. On instaure de la transparence, des contrôles, une "task force" et un rapport budgétaire de 200 millions d'euros. Avec cela, je suis contente.

Mais les 200 millions ne doivent pas venir nécessairement de la lutte contre les abus dans le cadre des intérêts notionnels ?

Ah si. On en a discuté au Conseil des ministres (vendredi, NdlR).

Paul Magnette, ministre PS du Budget doit négocier avec Electrabel, une taxe de 250 millions. N'est-il pas illusoire de croire que l'entreprise ne demandera pas un prolongement des centrales nucléaires en échange ?

Il y a aura une contribution du secteur à concurrence de 250 millions. C'est notifié dans le budget. Et nous avons dit que cela ne devait pas faire l'objet d'un échange. Maintenant si tous les groupes politiques sont d'accord de reporter d'un an ou deux la sortie du nucléaire, je ne vais pas être la seule à m'y opposer.

Dans les premiers accords de l'orange bleue, il était clairement fait mention du prolongement de la vie des centrales...

Je ne suis pas tenue par ces accords.

Le fonds de vieillissement n'a pas été alimenté en 2007 et ne le sera pas en 2008. Vous en pensez quoi ?

Le fonds doit être alimenté par les surplus budgétaires. Le problème, c'est qu'il y en avait pas. Le SP.A a souligné cela. Et je suis d'accord avec lui. Mais nous n'y sommes pour rien. Quand on commence un budget non pas en octobre, mais au mois de février de l'année suivante, il est plus compliqué de faire quelque chose. C'est à cause des grands négociateurs de l'orange bleue.

Serez-vous encore Ministre de la Santé dans le gouvernement définitif ?

Il ne faut rien exclure. Mais ce sont les présidents de parti qui décideront.

Qui, au PS, voyez-vous pour mener la bataille lors des élections régionales de juin 2009 ? Vous ?

Ce sera Charles Picqué. C'est clair.

© La Libre Belgique 2008