Belgique

A l’heure actuelle, toutes les écoles ne dispensent pas l’EVAS (éducation à la vie affective et sexuelle). Pourquoi ?

On dispose de très peu de données sur les écoles qui sont couvertes et sur celles qui ne le sont pas. On ne connaît pas non plus la raison des freins. S’agit-il de problèmes organisationnels, idéologiques, de pressions des parents ou des élèves ("nous, on ne parle pas de cela avant le mariage") ? L’éducation à la vie affective et sexuelle est un droit. Un droit qui, d’ailleurs, découle de conférences internationales.

Il faut rappeler qu’a été reconnu, dans le cadre de la Conférence internationale de la population et du développement qui s’est déroulée au Caire en 1994, le droit d’accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction.

Pour vous, pour quelles raisons principales faut-il inscrire l’éducation à la vie affective et sexuelle dans le programme scolaire…

En 2003, une enquête a été réalisée par l’unité promotion éducation santé du département d’épidémiologie et de promotion de la santé de l’ULB. Cette étude montrait, notamment, que 20 % de jeunes parmi les 2e, 3e et 4e secondaires n’avaient jamais eu d’activités d’éducation à la vie affective et sexuelle au cours de leur parcours scolaire.

Elle montrait qu’en plus, il y avait une discrimination entre les élèves de l’enseignement technique, artistique et professionnel et ceux de l’enseignement général. C’est dans l’enseignement professionnel et technique que l’on observe une sexualité plus précoce et des comportements sexuels à risque.

Il est important de rappeler que l’éducation à la vie affective et sexuelle est très souvent citée dans des études, mais également par les pouvoirs publics et par les partis politiques, dans leur programme, comme un moyen à privilégier en termes de prévention. Prévention des maladies sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées et de la violence. Mais également reconnue comme nécessaire et intéressante pour sensibiliser les jeunes aux inégalités entre les femmes et les hommes ou encore aux discriminations subies par les personnes non hétérosexuelles. Les pouvoirs publics sont conscients de cela.

En être conscients est une chose, mais comment ont-ils réagi ?

En 2008, il y a eu une résolution votée par la Communauté française recommandant la généralisation des animations à la vie relationnelle affective et sexuelle en milieu scolaire. Et dans la foulée, les trois gouvernements francophones - la Communauté française, la Région wallonne et la Cocof - ont pris un accord de coopération afin de permettre cette généralisation, d’ici la fin de la législature. C’est un pas. Le problème, c’est que ces initiatives ne sont jamais que des incitants.

C’est-à-dire ?

Cela ne suffit pas; il faut imposer aux écoles un programme d’éducation à la vie affective et sexuelle. En légiférant. En l’inscrivant dans le dispositif légal des écoles. De sorte que toutes les écoles soient touchées, quels que soient le réseau et le type d’enseignement.

Il ne peut pas être laissé à la liberté des écoles le droit de décider si elles fournissent cette éducation ou non à leurs élèves. Il y a d’abord la question du principe et puis sa mise en application, qui ne se réalisera pas tant que cela ne sera pas une obligation légale. La ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet doit prendre, dans ce cadre-là, ses responsabilités.