Belgique

M. et Mme A, soucieux de l'avenir de leur enfant, étaient heureux d'avoir trouvé, il y a déjà deux ans, une place dans un collège réputé. Marie Arena et son décret inscription est cependant passée par là, déclarant nulle et non avenue toute pré-inscription effectuée avant le 30 novembre (sauf prioritaires). Premier coup dur. Pas découragés pour autant, ils font la file pendant 48 heures devant l'école de leur choix. Deuxième coup dur. Et puis, après deux jours passés dans le froid, on leur répond : "Désolé, il n'y a plus de places depuis six minutes". Troisième coup dur. Il y a bel et bien de quoi pester et vouer la ministre et son fichu décret aux gémonies.

M. et Mme B, d'un statut socio-économique moins élevé, peut-être moins bien informés, se sont vu refuser, l'an dernier, l'accès à la même école. "Plus de places depuis six mois, désolé. Vous devriez aller voir dans le bas de la ville". Ces parents-là, qu'on entend et voit moins ces jours-ci, ont également de quoi râler.

Le décret de Mme Arena, visant à une plus grande mixité sociale et à la disparition des écoles-ghettos, permettra-t-il pour autant à M. et Mme B d'inscrire leur enfant dans ce fameux collège ? En théorie, oui. Mais dans la pratique, il semble que la nouvelle règle engendre uniquement des conséquences négatives : une exacerbation de la compétition, une mise à la rue de milliers de parents attentionnés - qui ne sont sans doute pas les moins privilégiés -, des dérives ultralibérales de type marchandisation des places dans les files,... Rayon bonnes nouvelles ou effets positifs : rien, ou si peu. Mais qui peut affirmer, aujourd'hui, que ce décret n'aura pas, à la longue, et pour autant qu'une éventuelle autre majorité politique à la Communauté française ne l'abroge pas, l'un ou l'autre effet positif sur les inégalités sociales ?

Si tel était le cas, ce qui est mille fois plus souhaitable que le statu quo, c'est que le décret inscription aura été profondément remanié, qu'on aura effacé ses effets pervers, que les mentalités des acteurs du secteur éducatif auront évolué, qu'on aura accompagné le décret d'une augmentation significative des dotations des écoles qui accueillent des élèves défavorisés, et de mesures incitant - et non pas contraignant - les écoles à mélanger leur public. Alors seulement, l'enseignement contribuera - mais pas tout seul - à réduire les terribles inégalités sociales en Communauté française. C'est à cela qu'il faut travailler et surtout pas à conserver la situation telle qu'elle est.