Belgique

AUDIENCE

Officier de police judiciaire, Raymond Drisket aurait brûlé les planches s'il avait été acteur de théâtre. Il se déplace dans la salle des assises d'Arlon, où se déroule le procès de Marc Dutroux et consorts, comme il déambulerait sur scène. D'emblée, il met les points sur les «i»: «Je ne suis pas ici pour livrer un produit fini, mais des faits, encore des faits, rien que des faits.» Sur le banc de la défense, Me Xavier Attout (pour Michel Nihoul) se lève et proteste: «Pourquoi cette mise au point? Il se réfère à des choses qui ont déjà été dites dans le prétoire» - avant leur déposition, les témoins ne peuvent pas être informés de ce qui a déjà été dit à l'audience.

Le ton est donné: entre les conseils de Michel Nihoul et l'officier qui, pendant 7 ans, a dirigé l'équipe d'enquêteurs chargés du volet Nihoul, le torchon brûle. Il faut dire que Raymond Drisket ne partage pas les conclusions du juge d'instruction, Jacques Langlois, exonérant le Bruxellois de toute implication dans l'enlèvement de Laetitia Delhez à Bertrix, le 9 août 1996.

C'est le hasard qui a valu à M.Drisket de participer à l'enquête chestrolaise: il était tout bonnement de garde à la brigade nationale de la police judiciaire de Bruxelles le 13 août 1996, date de l'arrestation de Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre. Les coordonnées de Nihoul ont été retrouvées à leurs domiciles respectifs. «Voilà pourquoi on s'est intéressé à lui», déclame le policier.

«Un client comme ça...»

S'agissant de l'éventuelle présence de Michel Nihoul à Bertrix le 9 août 1996, M.Drisket indique que Marie Klels, qui a affirmé avoir reconnu le Bruxellois entre 8h et 8h30 devant la piscine, «semblait crédible dans ses propos». La vieille dame, qui habitait en face du parking du bassin de natation, ouvrait ses volets tous les jours à cette heure-là. Le 9 août, elle a vu une camionnette couleur crème avec rideaux fermés et un homme: Michel Nihoul. Décédée depuis, elle ne peut plus témoigner.

L'inspecteur Drisket émet des remarques sur «l'alibi» de Michel Nihoul. Il évoque ainsi la convocation de Michel Vander Elst, ex-avocat et ami de Nihoul, à la PJ de Bruxelles le 28 août 1996. «Il est arrivé avec des documents et a présenté spontanément un agenda et des relevés GSM. En 15 ans de métier, je n'ai jamais vu un client comme ça, qui arrive avec un alibi clé en main!» Me Attout bondit à nouveau: «Objection! L'enquêteur n'est pas là pour faire des commentaires.»

Le policier poursuit. Il évoque les travaux effectués par Michel Nihoul dans l'appartement de Michel Vander Elst à Schaerbeek, en échange de services. Sur la date: le 8 août, ou le 7 ou les deux, ou avant, et la nature des travaux, les versions de Nihoul et Vander Elst évoluent au fil des auditions, note-t-il.

Quant aux nombreux coups de fil entre Nihoul et Dutroux au cours de cette fameuse période, qui n'auraient concerné que la réparation de l'Audi 80 du Bruxellois, «cette hypothèse est devenue une thèse», observe l'enquêteur, qui regrette que l'expertise de l'auto qu'il avait demandée lui ait été refusée par le juge Langlois.

S'agissant de la téléphonie, invoquée pour dire que le 8 août, Nihoul était à Bruxelles et Dutroux à Charleroi - on a relevé des communications entre leurs deux postes fixes - la conclusion est hâtive: s'il y a eu appel entre les deux raccordements, rien n'est sûr quant à l'identité des interlocuteurs puisqu'il n'y avait pas d'écoutes téléphoniques, dit-il.

Pour Raymond Drisket, «l'alibi» de Michel Nihoul est donc «surprenant dans un premier temps, fluctuant ensuite, puis controversé et enfin sans plus de certitude». Conclusion de l'enquêteur: «Rien ne permet d'affirmer que Nihoul n'a pas été à Bertrix le 8 août 1996.»

© La Libre Belgique 2004