Belgique

La rumeur de l'arrivée d'une école secondaire musulmane exclusivement réservée aux filles à la mosquée Al-Khalil de Molenbeek avait provoqué quelques remous ces derniers jours, notamment dans les partis politiques, prompts à réagir en cette période électorale. Parmi les réactions les plus vives, celle du collectif "Ni putes, ni soumises" : "Alors qu'on s'est battu dans tous les réseaux pour la mixité, on en revient à la séparation" , s'étonnait Pierre Efratas.

Sans doute soucieux de désamorcer ce dossier potentiellement explosif, la Ligue d'entraide islamique a fait savoir, jeudi, que "l'école Avicenne est un projet d'établissement scolaire qui vise à préparer les candidats aux examens du jury central" et qu'il "s'adresse aussi bien aux garçons qu'aux filles". "Il n'est nullement dans l'intention de la Ligue de vouloir créer une école-ghetto. [...] Ce projet s'inscrit pleinement dans la perspective des objectifs définis par le décret mission de la Communauté française", précise Maskoub Elkbir, administrateur de la mosquée Al-Khalil - Ligue d'entraide islamique, l'une des mosquées les plus influentes du pays, réputée radicale, qui organise des cours d'arabe, des formations à l'islam,... et attire près de mille fidèles à la prière du vendredi.

Le communiqué le stipule, la mosquée ne vise pas, de prime abord, une reconnaissance auprès de la Communauté française : elle se veut un "tremplin vers le jury central". Elle n'est pas la seule dans ce cas : de nombreuses écoles privées poursuivent cet objectif, qu'elles soient confessionnelles (catholiques, protestantes, juives, musulmanes,...) ou non.

"L'enseignement est libre en Communauté française, confirme Toni Pellosato, chef de cabinet de la ministre de l'Enseignement, mais pour être subsidié, il faut respecter plusieurs conditions." Parmi celles-ci, la mixité et la gratuité. Selon certaines sources, un droit d'inscription de plusieurs centaines d'euros serait réclamé aux élèves. Par ailleurs, la ségrégation fille-garçon serait en général de mise dans les écoles musulmanes. Dans ces conditions, pas de subventions possibles.

La question du voile

De nombreux observateurs voient, dans l'éclosion de ce type d'école, un contournement de l'interdiction - laissée à l'appréciation de chaque direction d'école - du port de signes religieux ou philosophiques. "C'est dans la logique des choses, relève Didier De Laveleye, directeur du Mrax (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie). A partir du moment où certains établissements scolaires interdisent le port du voile - ce que nous condamnons - on va forcément vers l'émergence d'un réseau d'enseignement musulman."

Un point de vue que ne partagent pas les militants laïcs à l'origine d'une pétition (*) qui a récolté plusieurs centaines de signatures en deux jours et qui demande de "légiférer dans le sens de l'interdiction de tout signe ostensible d'appartenance philosophique ou religieuse dans le cadre scolaire, pour les élèves et a fortiori pour les enseignants, et ce dans tous les établissements scolaires bénéficiant de subsides publics" et "de mettre tout en oeuvre pour préserver l'école des tentatives d'immixtion du religieux dans les décisions concernant le contenu des enseignements et les critères d'organisation de la vie scolaire".

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