Belgique Le projet de cadre éolien wallon est reporté à la prochaine législature. Reportage à Tarcienne au pied d’un mât.

 

L’éolien aura fait couler de l’encre, des larmes et certainement beaucoup de mauvaise foi ces cinq dernières années. Le ministre Henry (Ecolo) portait un projet de cadre éolien pour la Wallonie qu’il n’a pas pu faire aboutir. La fin de législature wallonne aura eu raison d’un dossier qui aura constamment déchaîné les passions. On aura sur l’éolien essentiellement entendu ceux qui sont pour à 200 % et ceux qui sont contre avec le même pourcentage. Peu de place pour la nuance finalement dans un dossier pas anodin du tout.

La Wallonie, doit pour 2020 atteindre une production d’énergie verte de 20 % de sa production totale. Exigence européenne ! Si le grand éolien a du plomb dans l’aile, la prochaine législature devra ou non repartir sur les acquis de celle qui s’achève.

Des éoliennes, la Wallonie en compte déjà un certain nombre sur son territoire. Rien de tel que l’expérience vécue pour rendre compte d’une réalité. Nous sommes allés à Tarcienne, commune de Walcourt (province de Namur). Un parc éolien est installé non loin de quelques fermes et d’un quartier résidentiel.

Vendredi matin, 9h, ça tombe bien, trois quarts des engins tournent à plein régime. Nous coupons le moteur de notre véhicule pour écouter. Première impression, un avion passe et couvre l’ensemble du bruit de la machine au pied de laquelle nous nous sommes arrêtés. La N5 non loin de là est aussi plus bruyante que les mâts.

Un calme presque trop calme

Personne, l’endroit est calme, très calme. Trop calme peut-être ? Nous remettons le moteur en marche, direction le centre du village avec un passage devant le cimetière. Personne ici ne viendra se plaindre du bruit fait par les pales en action. Arrivés au centre du village, nous coupons une nouvelle fois le moteur, nous sortons du véhicule. Personne non plus, c’est peut-être encore plus calme. La campagne dans ce qu’elle a de plus appréciable. Un citadin drogué à la petite ceinture bruxelloise s’y sentirait peut-être mal à l’aise. Pas un bruit.

L’expérience éolienne dans le Namurois ne donne pas raison à ceux qui veulent la mort du concept. Le seul habitant que nous avons croisé nous lancera simplement : "Moi, je m’en fous des éoliennes." Un avis aussi riche n’est sans doute pas suffisant, mais ce jour-là, c’est le seul que nous avons pu trouver. Nous quittons Tarcienne sans certitude aucune, si ce n’est que le débat autour de l’éolien mériterait d’être mené plus sereinement.

Si cette solution n’est pas la panacée, il faudra bien y arriver, à ce quota de 20 % d’énergie verte en 2020. Si le petit éolien installé sur le bord des autoroutes est peut-être une partie de la solution, la biomasse en est une autre. La réponse ne sera pas unique.

Si, pour certains partis, l’opposition affichée contre l’éolien en Wallonie suffit à laisser tomber cette idée, Ecolo reste convaincu du bien-fondé de la démarche. Il reste quand même que si chaque projet éolien proposé en Wallonie se retrouve devant la justice, on peut clairement considérer que la solution n’a pas d’avenir. Pourtant, quand on se penche sur ceux qui s’opposent fermement à l’éolien industriel, on est finalement surpris. Certes, ils savent se faire entendre; certes, ils sont résolus. Inter-Environnement Wallonie, pas plus neutre que ses "adversaires" dans ce dossier, a enquêté et tout particulièrement sur les plus actifs d’entre tous les opposants, Vent de raison. "Aucune liste des groupes membres n’est donnée sur le site Internet de Vent de raison, et il n’est donc pas possible de vérifier ces affirmations, mais le chiffre de 70 000 personnes représente un peu moins de 2 % de la population wallonne, ce qui n’est pas incompatible avec les résultats du sondage mentionné ci-dessus faisant état de 5 % d’opposants", peut-on lire sur le site Internet d’IEW.

Un débat qui mériterait plus de sérénité

Du côté de Vent de raison, les arguments donnés sont forts; ils parlent de santé publique, d’impact paysager, de désinformation médiatique et affirment qu’"un parc éolien est source de nuisances pour la santé des riverains. Cette vérité de base a été très largement ignorée par les autorités publiques en Belgique et, également, dans bien d’autres pays. Les raisons de cette défaillance sont multiples. Il y a là un paradoxe et aucune étude approfondie n’a été menée sur l’impact des éoliennes sur les humains… alors que de nombreuses études ont été menées pour évaluer l’impact des éoliennes sur l’avifaune. Mais la réalité finit toujours par se manifester et, le nombre de parcs augmentant, des troubles de santé ont commencé d’apparaître un peu partout au point que, finalement, des organismes comme le Conseil supérieur de la aanté belge prennent position sur le sujet en commençant par décrire une série de troubles directement imputables aux éoliennes. Ces troubles sont de nature tant somatique que psycho-somatique et touchent les enfants comme les adultes", peut-on lire également sur le site de l’association.

Les arguments sont violents et le débat est sans doute allé trop loin. L’avenir énergétique de la Wallonie mérite sans doute un vrai débat dénué des passions et de la violence qui le caractérisent. Chacun y verrait sans doute un peu plus clair.