Belgique

Un premier vol a pu décoller de l'aéroport de Zaventem après la fermeture de l'espace aérien belge en raison d'une panne électrique chez Belgocontrol durant plusieurs heures mercredi. À Liège et à Charleroi, la situation s'améliore également, puisque les opérations reprennent graduellement. A Bruxelles, un avion a décollé en direction de Newark aux États-Unis, a indiqué Brussels Airport sur Twitter. L'aéroport attend une reprise graduelle du trafic. Sur le tableau du hall des départs, les mots "embarquement" et "dernier appel" apparaissent. Certains avions ont également atterri, selon le site de l'aéroport.

L'aéroport de Liège a été relativement peu impacté par la fermeture de l'espace aérien. En tout, deux vols ont été supprimés. Un vol BMI en provenance et en direction de Munich et un vol VLM vers Venise. Le trafic de Jetair entre Liège et Ibiza semble reprendre, puisqu'un avion va atterrir à Liège pour ensuite repartir avec des passagers vers l'île espagnole. "C'est encore du cas par cas, mais nous espérons que le trafic se rétablira petit à petit", confie Christian Delcourt, porte-parole de Liège Airport. La situation est particulièrement problématique pour le pôle cargo, puisque de nombreux vols TNT doivent atterrir dans la nuit de mercredi à jeudi pour repartir le jeudi matin.

À Charleroi, les opérations reprennent également. Le premier avion a décollé à 14h35. En tout, 20 vols ont été annulés, impactant quelque 10.000 passagers bloqués soit à Charleroi, soit à l'étranger.


Près de cinq heures de fermeture

L'espace aérien est fermé depuis 09h45 mercredi en raison d'une panne d'électricité chez Belgocontrol, ont indiqué cet organisme et Brussels Airport, confirmant une information de VTM. Aucun vol ne peut donc décoller ou atterrir dans tout le pays pour le moment. "La circulation aérienne qui se trouvait déjà dans l'environnement immédiat de l'aéroport a pu atterrir. Nous sommes ensuite passé à une situation de 'clear of the sky'", explique Dominique Dehaene, porte-parole de Belgocontrol. Cela signifie que tout le trafic aérien volant à une altitude inférieure à 24.500 pieds est retiré de l'espace aérien belge jusqu'à ce que le problème soit résolu.

"Aucun avion ne peut atterrir ou décoller pour le moment", confirme Anke Fransen de Brussels Airport. "Certains vols seront déviés dans la mesure du possible, les autres attendent actuellement en altitude de recevoir l'autorisation de se poser."

D'après un communiqué de Brussels Airport, aucun décollage ni atterrissage n'est possible à Bruxelles. L'aéroport enregistre déjà un certain nombre de retards, mais on ignore encore quel sera l'impact réel de cette panne de courant à Brussels Airport.

L'aéroport a lui précisé, que 150 vols annulés et 32 déviés avaient déjà été enregistrés en cette matinée, touchant 20 000 passagers (dont 11 000 voyageant avec Brussels Airlines).


"Notre priorité est d'étudier comment nous pourrons redémarrer le réseau le plus rapidement possible après la réouverture de l'espace aérien. Il s'agit aussi d'aider et d'informer au mieux les passagers", note le porte-parole de Brussels Airlines, Geert Sciot. "Nous souhaitons donner la possibilité aux voyageurs de réserver sans frais un autre vol ou d'être remboursés."

Au total, 35 vols aller-retour (ou 70 vols individuels) ont été supprimés par la compagnie, dont deux long-courriers. "Pour l'instant, les autres longs-courriers sont en attente, nous avons demandé aux passagers de rester en 'stand-by'", note Geert Sciot. Selon lui, la panne est survenue à un moment très chargé pour l'aéroport de Zaventem, puisque 90% des vols long-courrier décollent entre 10h et 10h30. Sept vols ont été déviés vers des aéroports de pays voisins, les passagers rejoignant ensuite Bruxelles en bus.


Un défaut de prévoyance?

Damien Ernst, professeur de l'Université de Liège spécialisé dans les systèmes électriques, estime que la panne est probablement liée à un défaut de prévoyance et à un souci de maintenance. Il s'étonne qu'une telle panne ait pu survenir chez un contrôleur aérien. Selon M. Ernst, Belgocontrol, comme tout système critique, est relié au réseau électrique mais dispose également d'une alimentation électrique de secours, soit via des batteries, soit via une machine synchrone qui prend le relais en cas de perturbation. "Ce système de relais n'a visiblement pas fonctionné", observe Damien Ernst.

Ce professeur en électromécanique, qui avait dénoncé l'an dernier un déséquilibre entre la Flandre et la Wallonie dans le plan de délestage, considère que le système électrique de secours de Belgocontrol n'a probablement pas fait l'objet d'une maintenance suffisante. "L'an dernier, lors du risque de black-out en Belgique, on s'est rendu compte qu'une part significative des systèmes de secours (électriques) des hôpitaux ne fonctionnaient pas", relève-t-il.

Dans les systèmes critiques, en cas de panne, des batteries prennent le relais dans un premier temps tandis que des générateurs, fonctionnant par exemple au diesel, se mettent rapidement en marche. Pour des systèmes plus critiques, ce sont des machines synchrones qui prennent le relais. Ces machines fonctionnent en permanence et sont prêtes à intervenir dès qu'elles décèlent une perte de courant.

"Avec du brouillard et du mauvais temps, on courait à la catastrophe"

Pour l'association professionnelle des pilotes (Belgian cockpit association), il est très étonnant qu'un système de back-up n'ait pas été mis en route chez Belgocontrol, où une panne électrique a déclenché la fermeture de l'espace aérien belge mercredi. "Une telle panne ne devrait pas se produire et doit être solutionnée dans la minute", estime le porte-parole de l'association, Francis Uyttenhove. "Je suis très étonné que des générateurs n'aient pas été mis en route ou aient été en panne, et qu'un système de back-up n'ait pas pris le relais", a réagi mercredi Francis Uyttenhove. Pour lui, il est normal que le matériel aussi sophistiqué utilisé par Belgocontrol suscite des problèmes ponctuels, mais ceux-ci doivent être solutionnés le plus vite possible. "De 9h30 à 17h30, c'est très très long", commente cet ancien commandant de bord.

"La sécurité n'a pas été altérée ici, mais de telles pannes ne devraient pas se produire", poursuit-il, espérant que les conclusions nécessaires seront tirées et que les systèmes seront adaptés au plus vite, le cas échéant.

Pour un autre pilote de ligne en activité, l'incident est "déplorable" et Belgocontrol a eu raison de fermer l'espace aérien pour garantir la sécurité. "Heureusement qu'il faisait beau. Avec du brouillard et du mauvais temps, on courait à la catastrophe", note-t-il.


Pas de décollages à Liège ni à Charleroi tant que le problème n'est pas réglé

Aucun avion ne décollera de Liège ni de Charleroi avant que la panne électrique survenue chez le contrôleur aérien Belgocontrol ne soit réglée, ont indiqué mercredi les deux aéroports régionaux. Liège Airport accueille bien quelques avions qui devaient atterrir à Bruxelles afin de "vider le ciel" belge, indique Christian Delcourt, responsable de la communication de l'aéroport liégeois. Mais "tant que Belgocontrol n'a pas réglé son problème, on ne pourra pas faire décoller d'avions." Les départs prévus mercredi matin sont en attente. Seul un appareil de l'Ethiopian Airlines a pu décoller vers 10h40.

À Charleroi, la situation est similaire. Pour l'instant, un vol Ryanair vers Bucarest de 10h40 a été annulé, tandis qu'un autre qui arrivait de Manchester a été dirigé vers l'aéroport de Lille, confie le porte-parole de Charleroi Airport Vincent Grassa. Deux avions qui devaient atterrir à Bruxelles sont arrivés à Charleroi à la place. "Il y aura certainement des perturbations à cause des rotations d'avions qui ne pourront pas s'effectuer", explique Vincent Grassa.

Les appareils qui doivent atterrir en Belgique sont déviés vers des "centres adjacents", soit les pays voisins, a indiqué Dominique Dehaene, porte-parole de Belgocontrol.

"Quelques perturbations" à Anvers

La panne électrique de Belgocontrol entraine certaines perturbations à Anvers, mais l'aéroport reste opérationnel. L'aéroport régional dispose des images radar et les avions peuvent voler à vue s'ils le souhaitent. "Un vol de VLM a été dévié vers Rotterdam et un avion en direction de Genève est en attente. Ce sont pour l'instant les seuls problèmes", explique Wim Verbist, commandant de l'aéroport.

L'aéroport reste donc opérationnel. "Nous disposons des images radar, malgré le fait que l'espace aérien supérieur soit fermé à cause des problèmes à Bruxelles. Les appareils peuvent atterrir 'à vue' à Anvers et décoller à plus basse altitude. Ils peuvent voler ainsi jusqu'aux Pays-Bas. Ils sont ensuite repris par le contrôle aérien néerlandais", poursuit-il.

La décision de voler à vue (visual flight rules) est prise par la compagnie aérienne, selon le commandant.