Belgique

Si vous devez participer à une sélection organisée par le Selor, le bureau de sélection d’une bonne partie des administrations publiques, vous n’y échapperez pas. Il faudra d’abord réussir le module 1, composé de trois épreuves mises au point par l’organisme : le test de raisonnement abstrait, le bac à courrier et le test de jugement situationnel. Or "ce module, et plus particulièrement le raisonnement abstrait, est un gros frein pour pas mal de candidats. C’est une approche plus ‘mathématique’, que l’on peut difficilement raccrocher à la vie concrète. Beaucoup de gens en ont peur et trouvent cela difficile", constate Laurent Dubois, spécialiste en logique (*) et consultant en créativité. Il aide par ailleurs des candidats à se préparer aux tests abstraits du Selor.

Pour faire bref, le module 1 évalue les compétences génériques et les aptitudes cognitives. Son objectif est de prédire le potentiel, la performance future dans la fonction. "Selon la littérature scientifique, ces tests de raisonnement sont de bons outils pour prédire la capacité de la personne à s’adapter. Par ailleurs leur validité prédictive est encore plus élevée lorsque plusieurs tests sont combinés, comme c’est le cas au Selor", explique Cédric Danloy, responsable de la recherche scientifique au Selor.

Selon les chiffres du Selor, environ 30 000 candidats ont passé le module 1 depuis qu’il a été instauré, il y a un an. "Le taux de réussite est d’environ 45 %. Pris individuellement, le taux de réussite du test raisonnement abstrait et du bac à courrier est de 55 %, et le troisième un peu plus, sachant cependant qu’il convient de réussir les différents tests pour réussir le module." Cédric Danloy souligne toutefois : ces résultats ne sont pas inquiétants. Ils se rapprochent d’une distribution statistique normale.

Malgré ces chiffres, certains remettent en question la pertinence de ces tests abstraits. Les griefs sont nombreux : manque de transparence, de feedback et de communication sur les résultats, organisation rigide et hermétique et pertinence douteuse. Le Selor dit être conscient de cette perception et s’efforce depuis longtemps de communiquer auprès du grand public pour une meilleure compréhension de ses actions et de l’utilité de son testing en général.


Pas de sens pour toutes les fonctions ?

"Selon moi, les tests abstraits ne sont pas adaptés à certains métiers, commente ainsi Laurent Dubois. Mon meilleur exemple est celui d’un pompier qui a passé les examens pour pouvoir exercer son métier dans une autre région. La première fois, il a échoué aux tests abstraits, et a donc été recalé pour la suite. Alors que sur le terrain, il est reconnu pour ses compétences… Dans ce cas, le test de raisonnement abstrait n’apporte rien et n’est certainement pas apte à détecter les multiples formes d’intelligence requises pour la profession…"

Le Selor dit cependant s’appuyer sur de solides bases scientifiques. "Je peux comprendre que les candidats ne voient pas directement le lien avec la fonction et que cela peut être frustrant, admet Cédric Danloy. Mais on demande cependant au public de nous faire confiance. Les tests sont conçus sur des bases scientifiques et sont validés par notre comité scientifique, composé d’experts des différentes universités belges. Nous avons la responsabilité de choisir les meilleurs tests prédictifs."

Autre source de critiques : une fois l’épreuve passée, impossible d’obtenir la copie corrigée. Le Selor justifie : "Nous préférons donner un feed-back en termes de compétences fortes et de compétences à développer plutôt que le test lui-même. D’autant que certains candidats pourraient demander un feed-back pour étudier les réponses au test plutôt que d’essayer de comprendre les points à améliorer. Nous devons aussi protéger nos testings."



Pas besoin de se préparer ?

Les tests étant spécifiques au Selor, il n’existe actuellement pas de livres pour s’entraîner. Les seuls exemples sont ceux que l’on trouve sur le site du Selor. "Le souci est que les conditions en termes de temps ne sont pas identiques à celles lors du test", témoigne une candidate. "La pression du temps est une difficulté essentielle, confirme Laurent Dubois. Certaines personnes sont capables de résoudre ces tests si elles ont le temps. Cela remet selon moi en question le mode d’utilisation de ceux-ci." C’est pourquoi le spécialiste insiste, lorsqu’il prépare un candidat, sur cette dimension : "La plupart des gens ne peuvent tout résoudre dans le temps imparti. Comprendre cela permet d’être plus sélectif."

Du côté du Selor, on est plus sceptique quant à l’utilité de la préparation. "A part s’exercer sur le site et être en forme le jour du test, je pense que c’est inutile de se préparer, commente Cédric Danloy. Souvent, des candidats nous contactent une ou deux semaines avant le test pour demander ce qu’ils doivent faire. Mais aucune étude ne prouve qu’on puisse développer, dans un laps de temps aussi court, les types d’intelligence mesurés par ces tests."

N’empêche que la préparation supplémentaire, ne fût-ce que pour démystifier l’épreuve, semble utile pour certains. "J’ai appliqué les conseils et je viens d’obtenir 100 % au test de raisonnement abstrait", témoigne une candidate.

(*) Laurent Dubois, auteur du livre "Remue-méninges" paru chez Marabout, créateur du test 916 au sein de la communauté High IQ Community. Il fait également de la recherche en logique. Site : www.logico-divergence.com