Belgique

Le meurtre du jeune Ihsane Jarfi, séquestré et tabassé à mort le 22 avril dernier en sortant d’un bar gay à Liège, illustre tragiquement ce à quoi peut mener l’homophobie, ce sentiment d’aversion éprouvé par certains à l’égard des homosexuels, lesbiennes et bisexuels (Holebi) et des transgenres. Un exemple extrême qui ne doit pas cacher la haine ordinaire qui s’exprime quotidiennement : on ne compte plus les insultes, le harcèlement et les agressions. A tel point qu’une association, Outrage, mise sur pied en janvier dernier pour lutter contre l’homophobie, les discriminations et les violences à l’égard des homosexuels, a lancé une pétition "Stop gaybashing !" ("Halte au harcèlement à l’égard des gays !"). Jeudi, comme il l’avait annoncé, le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) a rencontré les associations à l’initiative de cette pétition, avec les ministres chargées de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD), et de l’Intérieur et de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet (CDH). "Il faut agir !" avait lancé Di Rupo sur Twitter.

L’accord du gouvernement Papillon évoque le rôle précurseur que la Belgique doit jouer dans l’égalité des droits pour les gays et les bisexuels. Il y est précisé que le gouvernement affichera la plus grande fermeté à l’égard des violences commises contre ces personnes.

En Belgique, sur papier, les homosexuels ont de nombreux droits, comme le mariage et l’adoption. Et l’arsenal législatif permet de considérer comme circonstance aggravante le fait que les actes aient été commis par haine de l’appartenance sexuelle de la victime. Depuis 2006, les parquets sont obligés de noter officiellement dans la procédure de traitement de la plainte que le délit a été inspiré par l’homophobie. Le parquet de Liège a d’ailleurs requalifié dans ce sens le meurtre d’Ihsane Jarfi.

Mais il ne fait pas bon de se promener dans la rue, quand on est gay ou lesbienne, relève Bjorn Pius, coordinateur d’Outrage. Au point que l’association a fait développer une application "Gaybashing" pour smartphones, permettant aux Holebi de signaler instantanément toute agression verbale ou physique subie pour les répertorier sur une carte de Belgique.

Si l’homophobie reste largement sous-estimée, elle devient de plus en plus visible. On se souvient qu’en juin 2011, un jeune homme s’est fait taper dessus en plein centre de Bruxelles, uniquement parce qu’il était homo. Outre les agressions physiques, les injures et "sale pédé" fusent régulièrement. Mais ces faits sont très peu rapportés. Ainsi, en 2010, la police n’a enregistré qu’une cinquantaine de plaintes et seuls quatre dossiers d’agression homophobe ont été identifiés auprès des parquets belges. Des chiffres qui ne reflètent donc en rien la douloureuse réalité vécue par les Holebi. Selon une étude qu’avait fait réaliser le précédent ministre de la Justice, Stefaan de Clerck, six homos sur dix confiaient avoir déjà été victimes de violence verbale; 10 % d’agression physique. Or, selon le Centre pour l’égalité des chances, les homosexuels, lesbiennes et bisexuels représenteraient entre 5 et 10 % de la population belge...