Belgique

Le rapport de la Sûreté de l’Etat date de décembre 2016. La décision a été prise par l’Office des Etrangers en mars dernier. Mais ce n’est que mardi matin que le secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’immigration Theo Francken a annoncé sur les ondes de Bel RTL que le premier imam de la Grande mosquée de Bruxelles, Abdelhadi Sewif, était invité à quitter le pays.

"Un homme salafiste, très radicalisé, très conservateur et dangereux pour notre société et notre sécurité", a tonné l’homme de la N-VA dans l’une de ces sorties médiatiques où il excelle. "J’ai pris la décision de retirer la carte de séjour de l’imam de cette mosquée."

Qu’en est-il exactement ?

M. Francken se base sur une note classifiée du service de renseignement belge. En décembre de l’an dernier, la Sûreté émet un avis négatif sur la reconduction du permis de séjour que l’imam d’origine égyptienne doit renouveler tous les ans.

L’imam, dont les prêches sont suivis par la Sûreté depuis 2014, y est accusé de propager un islam salafiste radical. Il favoriserait le communautarisme mais n’a pas lancé d’appels à la violence, comme le font les salafistes de type djihadiste. Il n’a pas non plus de casier judiciaire.

L’imam est rarement apparu dans les médias, laissant la place à l’imam adjoint, Mohamed Galaye N’Diaye, qui a toujours prôné un islam du "juste milieu" y compris devant la commission Attentats de la Chambre.

Mais l’imam égyptien était plus haut en grade. Il était membre du Conseil des théologiens de Belgique, dont le refus de réciter la prière pour les victimes non-musulmanes des attentats de Bruxelles avait choqué à l’époque. Abdelhadi Sewif avait expliqué qu’il y avait désaccord théologique à ce sujet, mais que les imams pouvaient exprimer leur "solidarité avec les familles des victimes".

Une décision prise en mars dernier

La décision de ne pas prolonger le permis de séjour de l’imam a été prise en mars dernier par l’Office des Etrangers, et notifiée à l’intéressé à la fin avril. Il dépose un recours. Selon Dominique Ernould, porte-parole de l’Office, il aurait dû quitter la Belgique dans le mois car "le recours n’est pas suspensif. Il avait trente jours pour quitter le pays. Il devait être parti pour la fin mai".

L’imam a déposé son recours devant le Conseil des contentieux des étrangers. Cette juridiction a été créée pour désengorger le Conseil d’Etat dans tous les litiges qui concernent des ressortissants étrangers. L’audience suivant la plainte déposée par M. Sewif a été fixée à la fin octobre.

Juridiquement, le dossier ne concerne donc que l’imam, pas la Grande mosquée. Mais la mosquée du Cinquantenaire est au centre de tous les débats.

Financée par l’Arabie saoudite, elle est considérée comme le vecteur de propagation du salafisme en Belgique à partir des années soixante. Son directeur, le Saoudien Jamal Saleh Momenah, a été invité à quitter discrètement le territoire belge après une comparution désastreuse devant la commission Attentats de la Chambre, le 15 mars dernier.

La mosquée doit faire l’objet d’un chapitre des travaux de la même Commission sur le phénomène de radicalisation. "Ce n’est pas le premier imam qu’on expulse, ou qui prend sa valise", commente le député Georges Dallemagne, membre de cette commission. "Ce sont les liens avec l’Arabie saoudite qui doivent être examinés. Ils travaillent à partir des instructions qui leur sont données par La Mecque."