Belgique

Il faut déjà faire montre d'une passion très particulière pour les finesses du jeu parlementaire pour retirer quelque plaisir de la réunion de jeudi de la Chambre. Bon nombre d'observateurs attendaient visiblement un feu d'artifice au contenu nourri mais il a seulement été question de savoir s'il fallait mettre à l'agenda la proposition de scission de BHV immédiatement ou plus tard par une modification de l'ordre du jour. Vouloir en expliquer la portée aux citoyens qui ne peuvent plus ou ne veulent plus suivre tout le débat sur BHV est inutile. Cette affaire était sans importance. Que l'on ait ou non voté hier ou que cela ne se passe aujourd'hui ou demain, tout cela revient au même. En fait, l'on ne votera pas pour l'instant sur ce sujet et cela était clair d'avance. Tout ce tollé lancé puis arrêté par les francophones n'est qu'une manière de se positionner en vue de la grand-messe communautaire de la mi-juillet. Ils craignaient une manoeuvre d'Yves Leterme en vue des élections de juin de l'an prochain. Ils ont réussi à ce que BHV et les négociations sur la réforme de l'Etat arrivent en même temps sur la table. Mais ces dossiers n'étaient-ils déjà pas indissolublement liés ?

Face à tant de méfiance avouée, l'on ne peut qu'être profondément pessimiste sur les chances de réussite de cet exercice et être d'un scepticisme sans fond sur la survie de ce gouvernement. Au fond, les francophones nous servent toujours la même chose. D'un côté, ils professent sans cesse leur profond attachement à la Belgique, de l'autre, ils provoquent les Flamands afin que ceux-ci avouent leur véritable objectif : la scission du pays. Ils espèrent dès lors, jusqu'à présent chaque fois avec succès, que les partis flamands reculeront face à cette conséquence ultime. Le découragement face à ce pénible mécanisme est grand en Flandre mais le saut en avant dans une aventure séparatiste n'en devient pas plus attirant. Et c'est pour cela qu'on continue à peiner sans que ne se profile la moindre issue. Pourquoi ce qui n'est pas possible depuis un an le deviendrait-il subitement le 15 juillet ? Avec les mêmes acteurs qui se jetteront les mêmes revendications et les mêmes tabous à la face ? Et qui ont une peur bleue de se voir reprocher une trahison alors qu'ils ne comprennent pas que cet immobilisme mine toujours davantage leur légitimité ? Qu'est-ce que cela peut donner ? Une sorte de résignation s'est emparée du pays. Les hommes politiques observent leurs rituels, toujours selon une même logique interne. La population a décroché ou ironise mais ne s'en soucie pas outre mesure. L'impasse permanente reste vivable tant que le soleil brille et que la vie quotidienne ne devient pas trop chère. La non-pertinence de l'entreprise politique est démontrée quotidiennement. La politique est une occupation honorable pour autant qu'elle garde sa capacité à résoudre les problèmes. Sinon, comme hier, elle n'est plus qu'un guignol.