Belgique

Elle constitue sans aucun doute l’autre gros chantier en matière d’enseignement supérieur. La réforme de la formation initiale des enseignants est un dossier tout aussi "touchy" que celui relatif à la réfonte du paysage de notre enseignement supérieur. Et inconstestablement, elle n’a pas fini de faire parler d’elle. Car s’il y a bien consensus sur la nécessité de revoir la formation des profs au regard de l’évolution de la société et des nouveaux besoins, le monde de l’enseignement n’est pas unanime sur la manière de le faire.

Formules en cinq, trois ou trois ans + deux, c’est précisément pour en débattre que le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), a convié ce mardi syndicats, pouvoirs organisateurs, universités, écoles normales et autres acteurs de terrain concernés. L’objectif de la rencontre : entendre et confronter les diverses propositions "tout droit issues de la réalité du terrain".

Un vent favorable nous a amené la note que plusieurs hautes écoles du réseau libre (HELHa, HE Galilée, HENALLUX, HE Vinci et HELMo), ralliées par l’UCL et l’UNamur, ont rédigée sur la question. En quelques pages, elles livrent "leur vision d’UNE réforme des études de prof".

Enumérant d’abord une série de priorités à considérer dans le cadre de cette réforme en cours de gestation (un enseignant critique et responsable; un spécialiste en didactique et en pédagogie; un enseignant transmetteur de culture et un acteur social dans l’institution et dans la société; un professionnel reconnu tant sur le plan symbolique que financier; enfin, un enseignant accompagné tout au long de sa carrière), les auteurs de la note exposent ensuite leur proposition de réforme.

Plutôt qu’une formule en cinq ans d’études pour tous les profs telle que le ministre Marcourt l’envisageait initialement, ou qu’un modèle en trois ans avec des mesures de tutorat intégrées, ces derniers préconisent une formule "mixte", similaire à la troisième piste émise dans la note d’orientation que le ministre Marcourt a présentée au gouvernement de la Communauté française le 22 janvier dernier.

Ainsi, partant d’une formation initiale en trois ans, l’intéressé compléterait ses études par un master dit "en alternance". Ce dernier serait obtenu par la validation de 120 crédits de formation, et permettrait l’accès au barème 501. Il serait coordonné par les "Instituts de formation des enseignants" (IFE), "sorte de troisième opérateur de formation à côté des hautes écoles et des universités".

Dans cette optique, trois publics différents seraient concernés. Pour les étudiants issus de l’école normale et donc détenteurs d’un diplôme professionnalisant, deux options s’offriraient à eux. Soit ils combineraient les cours de master avec une pratique professionnelle à mi-temps de façon à obtenir leur master en deux années, soit ils opteraient pour un étalement des cours sur les six premières années de leur carrière au maximum, à raison d’un nombre minimum de crédits par an, une quinzaine en moyenne.

Les étudiants issus de l’université et détenteurs d’un diplôme de baccalauréat "de transition" pourraient choisir entre un master disciplinaire à l’unif et les fameux 120 crédits du master en enseignement. Dans le second cas, les intéressés devraient, avant de pouvoir enseigner seuls, comptabiliser les 30 crédits de stages supervisés et 30 crédits de cours de didactique et de pédagogie. L’habilitation temporaire à enseigner (HTE) leur serait alors remise avant qu’ils poursuivent, comme les autres, leur obtention de crédits.

Quant aux enseignants déjà en fonction, ils pourraient eux aussi accéder aux différents modules de formation du master en enseignement, notamment afin de pouvoir bénéficier du barème 501. Les processus de validation des acquis d’expérience (VAE) prendraient ici une place centrale.

Une formule mixte donc qui favoriserait, nous soutient-on, "une meilleure articulation entre formation théorique et apports pratiques; qui réduirait les risques de pénurie et étalerait les coûts de formation pour les familles; enfin, une formule qui permettrait de répartir sur plusieurs années les charges financières liées à cette réforme"... L’éternel nerf de la guerre.

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