Belgique

L’Eglise de Belgique a tranché dans le dossier de la Fraternité des Saints apôtres ! Cette association publique de fidèles cléricale de droit diocésain lancée en Belgique "con amore" en 2013 par l’archevêque d’alors Mgr Léonard ne pourra plus être une filière de formation parallèle au sacerdoce. Mais ses membres déjà en fonction ne seront pas excommuniés pour autant. En clair : la Fraternité continuera à piloter les paroisses bruxelloises de Ste-Catherine et du Homborch (Uccle).

Un fameux changement de cap : Mgr Léonard n’avait pas tenu compte de l’opposition radicale de toute sa Conférence épiscopale et avait accueilli ce projet pastoral lancé à Marseille par l’abbé Michel-Marie Zanotti-Sorkine, y voyant un joli vivier à vocations.

Concurrence peu loyale

Côté chiffres, Mgr Léonard n’avait pas tort. Aujourd’hui, la Fraternité compte 27 membres. Soit 6 prêtres et 21 séminaristes dont un diacre. Mais il y a un "hic" : 21 résident en Belgique et 6 en France, dans le diocèse de Bayonne. Et surtout la majorité des Apôtres sont d’origine française. Personne à Malines ne conteste l’objectif de la Fraternité "de sensibiliser des jeunes gens à la beauté de la vocation et du ministère de prêtre diocésain". Pas de critique non plus sur la vie en fraternité : "Il faut souligner combien cette option fondamentale est précieuse pour la vie du prêtre."

Et pourtant, dans un communiqué, l’archevêché explique que "l’initiative pose problème, lorsqu’on constate que la plupart des séminaristes de la Fraternité viennent pour l’instant de France où de nombreuses régions connaissent un manque cruel de prêtres. Il se pourrait que le nombre de séminaristes belges, tant néerlandophones que francophones, augmente au fil du temps."

Soutien des évêques belges et de Rome

"Mais dans ce cas de figure, ils pourraient provenir également d’autres diocèses belges alors même qu’ils relèveraient tous de l’Archidiocèse. Cette perspective n’est pas à promouvoir dans les circonstances actuelles car elle manifeste un grave manquement à la solidarité entre évêques, tant avec ceux de notre pays qu’avec nos voisins français." Pour ne pas mener de concurrence déloyale, l’archevêque a décidé de ne plus accueillir la Fraternité dans son diocèse dès la fin juin. Cela dit, les prêtres et diacres ordonnés et actifs dans l’archevêché le resteront, selon les prescriptions du droit de l’Eglise. Mieux, s’il est appelé à les nommer à certaines fonctions, Mgr De Kesel respectera ce qui leur était cher lorsqu’ils ont adhéré à la Fraternité. Quant aux séminaristes, ils peuvent s’ils le souhaitent et s’ils répondent aux conditions fixées pour la formation des prêtres, la continuer au Séminaire diocésain.

La décision a tardé parce qu’elle est le fruit d’un long discernement de l’archevêque avec ses évêques auxiliaires et son Conseil épiscopal. En outre, une commission spéciale a rencontré tous les membres de la Fraternité résidant en Belgique. Enfin, si tous les évêques de Belgique soutiennent la décision, elle a aussi et surtout l’aval de Rome.


La Fraternité ne réagira pas "à chaud"…

Prudence. Après la diffusion du communiqué de l’archevêché de Malines-Bruxelles, nous avons contacté les membres de la Fraternité en fonction dans les paroisses bruxelloises afin de solliciter un commentaire. Ceux-ci ne réagiront certainement pas "à chaud", nous a expliqué l’un des prêtres, "car nous voulons nous tenir au silence". Il apparaît aussi qu’il est délicat pour un prêtre de l’archidiocèse de commenter une information venue en droite ligne du palais archiépiscopal de Malines.

Et à Marseille ? En principe, il ne devrait pas y avoir non plus de réaction immédiate du fondateur marseillais de la Fraternité, le P. Michel-Marie Zanotti Sorkine qui s’est déjà retrouvé dans d’autres polémiques, notamment avec nos confrères de "La Croix". On rappellera aussi à ce stade que cet abbé qui ne craint pas les projecteurs - il médiatise avec beaucoup de talent et de savoir-faire ses homélies - s’était abstenu de monter à Bruxelles lorsque Mgr Léonard avait ordonné plusieurs membres de la Fraternité.