Belgique

Le Vlaams Belang dénonce les illégaux

La délation, cela semble devenu très tendance au sein de l’extrême droite européenne. Le Vlaams Belang vient de lancer un site Internet sur lequel les citoyens peuvent dénoncer des "problèmes liés à l’immigration clandestine" - abus à la sécurité sociale, travail au noir, criminalité en tout genre. L’idée n’est pas de "se substituer à la police et à la justice", rassure le leader de l’extrême droite flamande, Filip Dewinter. Mais de dresser un "Livre noir de l’illégalité". Ce qui est à peine moins rassurant. "L’illégalité ne doit pas être récompensée, clame Filip Dewinter. Les illégaux doivent être recherchés activement et ensuite renvoyés dans leurs pays d’origine".

Le Vlaams Belang n’a pas dû beaucoup se creuser les méninges pour trouver son idée. L’initiative s’inspire en fait directement du site Internet lancé par le PVV le 8 février dernier et qui invitait les gens à dénoncer les "nuisances" causées par les ressortissants d’Europe orientale et centrale aux Pays-Bas. Même le titre est une mauvaise imitation. Le site du PVV s’intitule "Meldpunt Midden en Oost Europeanen". Celui du Belang, "Meldpunt Illegaliteit". Le parti d’extrême droite flamand pense sans doute qu’en piquant les idées du PVV de Geert Wilders, il atteindra ses scores électoraux ou qu’à tout le moins, il enrayera l’exode massif de ses electeurs vers la N-VA. Difficile à dire si cela payera. En revanche, ce qui est sûr, c’est que le Belang ramassera sur la tête des tonnes de réactions courroucées. Tout comme le PVV.

et flirte du coup avec l’illégalité

Contacté par l’agence Belga, un porte-parole de la Commission européenne a rappelé que le site du PVV avait été fermement condamné. La différence cependant, c’est que le parti de Geert Wilders s’en prenait à des ressortissants de pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne - "Avez-vous perdu votre emploi à cause d’un Polonais, d’un Bulgare, d’un Roumain ou autre ? Racontez-le-nous !", pouvait-on lire sur son site - alors que le Belang s’attaque à des personnes a priori originaires de pays non-membres. Le Commission européenne ne peut dès lors pas intervenir franchement. Tout juste recommande-t-elle aux citoyens qui jugent l’initiative "meldpunt voor illegaliteit" du Vlaams Belang discriminatoire de "se tourner vers les tribunaux nationaux". Où ils pourraient bien avoir gain de cause. "Ce point de signalement est parfaitement illégal, M. Dewinter le sait bien. Il veut choquer et provoquer", a souligné le directeur du Centre pour l’égalité des chances et de lutte contre le racisme, Jozef De Witte, sur les ondes de Radio 1. Selon lui, cette initiative rappelle furieusement celles qu’ont prises les nazis dans les années 30 ou la Stasi en Allemagne de l’Est.

Même perplexité à la Commission de protection de la vie privée où l’on étudie les actions juridiques qui pourraient être entreprises contre le "meldpunt" du Vlaams Belang. "Si des données à caractère judiciaire sont récoltées de cette façon, il y a alors atteinte à la législation sur la protection de la vie privée", a indiqué une porte-parole de la Commission. Or le travail au noir ou la criminalité relèvent bien de la police et des autorité judiciaires, les données les concernant ont donc un caractère judiciaire.