Belgique

Jeudi, le président de l'opération «Cap 48», Edouard Descampe, s'est plaint de ne plus bénéficier du subside -27 millions de francs belges tous les 2 ans- que la Loterie nationale attribuait à l'asbl jusqu'en 2000. Cet argent était pourtant bien utile: il permettait de couvrir les frais de fonctionnement de l'ex-opération «48.81.00» et venait gonfler les recettes versées aux associations d'aide aux handicapés.

Où se trouve aujourd'hui cette manne? Mystère. En 2002, le mode de répartition des subsides de la Loterie nationale a été modifié. Les montants attribués précédemment à des projets ne relevant pas du fédéral sont désormais transférés aux Communautés. L'argent qui était précédemment attribué à l'opération «48.81.00» -devenue entretemps «Cap 48»- aurait donc dû être versé à la Communauté française avant d'être réaffecté vers la Région wallonne, qui est responsable de la politique des personnes handicapées depuis 1994. Mais au cabinet du ministre wallon de l'Intégration des personnes handicapées Thierry Detienne (Ecolo), on dit n'avoir rien reçu qui correspond à cela. Cet argent aurait-il dès lors été dilué dans le montant total des moyens transférés par la loterie à la Communauté française? C'est ce qu'on laisse entendre à la Loterie même. Mais à la Communauté française, on met cela en doute. On affirme en outre n'avoir jamais reçu de demande de subsides en bonne et due forme de la part de «Cap 48». Bref, chacun se renvoie la balle.

Interrogations

Voilà qui s'ajoute aux interrogations que soulèvent depuis 2002 certains parlementaires à propos de la répartition des subsides «Loterie» effectuée à la Communauté française. Le montant total de cette manne s'élève à environ 17 millions d'euros. Il est réparti entre projets par les ministres, chacun dans leur compétence. Les décisions d'attribution sont prises par arrêté royal.

Certains parlementaires estiment cependant nécessaire d'imposer une plus grande transparence dans ce partage. Certes, la liste des bénéficiaires est publiée au «Moniteur». Mais toujours avec retard. Ainsi, à ce jour, la liste des premiers bénéficiaires pour l'année 2003 n'est toujours pas officielle. Les réactions ne peuvent donc qu'être tardives. Or, des doutes apparaissent.

Où va l'argent de la Loterie en Communauté française? La lecture du «Moniteur» apprend qu'il profite d'abord à de grandes institutions socio-culturelles en manque de financement et à qui reviennent les plus grosses parts (Halles de Schaerbeek, musée de la Photo, palais des Beaux-Arts, Opéra royal de Wallonie, Théâtre national, ONE, FNRS, etc.). Par ailleurs, les subsides de la Loterie servent au financement, parfois très partiel il est vrai, d'une myriade de projets socio- culturels à rayonnement plus restreint. Et c'est là que des «curiosités» apparaissent. Dans les listes déposées en 2002 par Rudy Demotte, le ministre PS de la Culture à l'époque, et par ailleurs homme fort de Flobecq, on retrouvait quelque 13 projets localisés dans le Hainaut occidental. Et parmi les autres projets qu'il avait retenu, apparaissait une série d'associations appartenant clairement à l'univers socialiste: Action commune culturelle socialiste, Présence et action culturelle, Centre socialiste d'éducation permanente ou l'asbl Gsara.

Les libéraux n'étaient pas en reste. Le ministre-président Hervé Hasquin a ainsi retenu «Hainaut, Culture et démocratie» dans ses choix. Cette asbl socio-culturelle a son siège dans le même bâtiment que celui de la fédération MR du Hainaut et on retrouve deux membres du cabinet Hasquin dans son conseil d'administration.

Le gouvernement de la Communauté française a procédé cette semaine au premier partage des subsides 2004 de la Loterie. Le secret est bien gardé. Mais des soupçons apparaissent déjà. Il se chuchote ainsi que dans la liste des attributaires, on retrouve l'asbl «La ferme de Tavier» dont le président est le chef de cabinet du ministre PS Christian Dupont. On trouverait aussi dans cette liste l'asbl «Initiatives en Val de Sambre» dont le secrétaire est le directeur adjoint du ministre MR Olivier Chastel.

Les parlementaires qui s'interrogent sur ces partages ne contestent pas en soi la pertinence de ces subsides. Mais ils réclament des critères clairs de répartition. Sans quoi, disent-ils, les asbl qui n'auront pas été reprises continueront à répandre les soupçons de favoritisme.

© La Libre Belgique 2004