Belgique

C’est un dimanche gris qui tourne dans les quatre degrés et dont le ciel bas n’engage pas aux grands horizons. Sur le rond-point Schuman à Bruxelles, les 5 500 manifestants qui sont venus crier leur opposition au Pacte de l’Onu sur l’immigration tentent de réveiller les nuages à coup de fusées et de pétards. Ils gonflent surtout leur présence qui résonne entre les bâtiments froids du désertique quartier européen.

Organisée par des mouvements flamands de droite et d’extrême droite, cette “marche contre Marrakech” a rassemblé surtout des hommes néerlandophones, dont la plupart des slogans se situaient à l’extrême droite. Dries Van Langenhove, le fondateur du mouvement Schild en Vrienden, et deux cadres du Vlaams Belang, Tom Van Grieken et Filip Dewinter, avaient d’ailleurs rejoint le mouvement. Un slogan, qui rappelle les “rats francophones” des années soixante, évoque cette fois les “rats gauchistes” qui ruineraient le pays en le soumettant à la migration.

Un mouvement à l’encontre de Charles Michel

Derrière les gros bras, de noir vêtus, c’est en marge de ce rassemblement statique que l’on découvre quelques francophones qui se distinguent par une poignée de drapeaux belges un peu perdus entre les lions flamands, et expliquent leur présence. “Charles Michel a trahi son peuple.” “La Belgique organise sa fin car elle sera envahie.” “Ce qui se cache derrière le Pacte, c’est une vision positive de la migration. Or, la migration c’est un échec pour tout le monde, et c’est d’abord une souffrance. On ne peut pas l’encourager comme le fait le Pacte”, argumente un homme qui avoue se sentir un peu perdu et déçu dans cette “ambiance de bières et de nationalisme flamand”.

La police a d’abord voulu disperser la foule

Si le rassemblement est d'abord resté circonscrit, quelques centaines de manifestants s’en sont pris symboliquement vers 14 heures au Berlaymont, le bâtiment de la Commission européenne. C’est alors que la tension est montée d’un cran. Pendant une trentaine de minutes, les forces de l'ordre ont essuyé des jets de pierres et de mobiliers urbains avant de disperser les foules avec des autopompes et la cavalerie.

En fin d’après-midi, la police évoquait le chiffre de 90 interpellations, ce qui est nettement moins que les 450 de la marche des “gilets jaunes” organisée une semaine plus tôt. “Cela s’explique essentiellement par le fait que nous avons dû aller à la confrontation, et que notre premier souci était de disperser les manifestants, explique le porte-parole de la Police de Bruxelles. Beaucoup se sont alors rapidement enfuis, ce qui rendait leur interpellation plus difficile.