Belgique

La pauvreté n’est pas l’apanage des grandes villes. Certes, la part des ménages pauvres est la plus élevée dans les grands centres urbains, mais elle est également très grande dans les campagnes. Tel est l’enseignement majeur de l’étude "Pauvreté rurale et urbaine" réalisée par des chercheurs de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et de la Katholieke Universiteit Leuven (KULeuven), première du genre à exploiter des données individuelles pour mesurer la pauvreté rurale.

C’est que la pauvreté à la campagne a été peu étudiée dans notre pays. La plupart des études se sont focalisées sur les régions urbaines, où la pauvreté est plus concentrée et davantage perceptible. Certes, en milieu rural, le logement est moins cher, mais le parc locatif est restreint et, de manière générale, l’accessibilité aux services est moins bonne (manque de transports publics, éloignement des écoles et des commerces, nécessité de disposer d’un véhicule, et cetera). L’étude, réalisée et financée dans le cadre du programme "Agora" par le SPP Politique scientifique (Belspo), à la demande du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, avait dès lors pour objectif d’étudier et de mesurer la pauvreté en Belgique et plus spécifiquement dans le monde rural où il existe peu de données. Les résultats ont été présentés lors d’un séminaire fin avril (1).

Mais qu’entend-on exactement par pauvreté ? Dans la littérature, on en retrouve diverses mesures : pauvreté subjective (ménage qui déclare boucler difficilement son budget); monétaire (ménage vivant avec l’équivalent de moins de 60 % du revenu médian équivalent); l’examen des différents types de dettes;...

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Une définition complète de la pauvreté

Les auteurs de la recherche (2) se sont donc d’abord attachés à donner une définition de la pauvreté la plus complète possible, en créant un "indice synthétique de pauvreté", basé sur pas moins de 138 variables, pondérées et couvrant des domaines aussi variés que l’accès aux soins médicaux, l’équipement du ménage, le statut d’occupation du logement, les problèmes de paiement, la participation à la vie sociale,... Ils ont ensuite fixé le taux de pauvreté à 15 % (qui correspond au taux de pauvreté belge officiel obtenu sur base du critère de la pauvreté monétaire), c’est-à-dire que les 15 % des ménages ayant la valeur de l’indice synthétique de pauvreté le plus élevé sont considérés comme pauvres.

Sur base de cet indice, et d’une "typologie spatiale" à quatre niveaux (l’urbain dense; l’urbain; l’intermédiaire et le rural avec foncier élevé; le rural et le rural profond), les chercheurs annoncent une série de nouveaux constats. Certes, écrivent-ils, la part des ménages pauvres est la plus élevée dans un environnement urbain dense mais les ménages qui résident en milieu rural occupent la seconde place (voir infographie ci-contre). Ensuite viennent les habitants des espaces urbains (moins denses) et intermédiaires.

Si l’on se focalise sur les 10 % des ménages les plus pauvres, il semble que la pauvreté la plus intense soit moins présente en milieu rural. En revanche, si l’on considère les 15 % de ménages les plus pauvres, la situation du monde rural est nettement moins favorable : les ménages juste un peu moins pauvres (compris entre les 10 % et les 15 % de ménages les plus pauvres) sont surreprésentés dans le monde rural.

Enfin, les auteurs notent que les personnes âgées, les isolés de plus de 64 ans et les ménages monoparentaux connaissent davantage de difficultés dans le rural profond que la moyenne belge. A l’inverse, les demandeurs d’emploi après un temps partiel (volontaire) ou après les études, les isolés de moins de 55 ans, les ouvriers, les personnes qui touchent des revenus irréguliers, les bénéficiaires du revenu d’intégration sociale, les personnes en incapacité de travail et les grands ménages sont moins pauvres en milieu rural profond que la moyenne belge.

(1) Les résultats sont disponibles sur : www.luttepauvrete.be et www.belspo.be.

(2) Xavier May (ULB-IGEAT) et Pierre Marissal (ULB-IGEAT) sous la supervision de Christian Vandermotten (ULB-IGEAT) et Maarten Loopmans (KULeuven).