Belgique

C’est un texte qui aura connu un fameux succès ce mercredi sur les réseaux sociaux. Son auteur est Ismaël Saidi, figure emblématique du monde musulman en Belgique, et auteur de la pièce "Djihad".

"Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse dans la rue pour condamner ?", s’y interroge-t-il. "Parce que nous sommes en train de conduire les taxis." "Parce que nous sommes en train de soigner les blessés dans les hôpitaux." "Parce que nous sommes toujours à la recherche des criminels sous notre habit de policier, d’enquêteur, de magistrat", explique le comédien au fil d’une série d’exemples (voir en page 26).

Ce texte dit tout, sourient plusieurs Belges d’origine musulmane. "Il rappelle que nous sommes belges, que nous vivons le quotidien des Belges. Ni plus ni moins. Mais il rappelle aussi combien nous devrons une nouvelle fois nous justifier, nous excuser pour des actes qui nous sont étrangers. Et combien nous devrons aussi, une fois encore, essuyer les amalgames et les injures", acquiesce Aziz, un jeune ingénieur de la région liégeoise.

Au fil des mois, poursuit-il en substance, les attentats s’égrènent et offrent toujours les mêmes réactions, allant de la plus grande et sincère affliction, aux injures les plus rageuses. Le tout se côtoyant et s’accrochant désespérément aux murs des réseaux sociaux.

Plus de retenue

"Il y aura toujours des amalgames et des injures, mais il y aura toujours aussi des gens intelligents qui parviendront à faire la part des choses", souffle Khadija Lazaar, qui préside Âge et dignité, une association qui s’investit dans l’aide aux personnes âgées issues de l’immigration.

A l’entendre, on perçoit vite que du côté des Belges d’origine ou de confession musulmane, on sait presque instinctivement à quels amalgames s’attendre à l’occasion de tels attentats. "Du coup, beaucoup font le gros dos", constate Younous Lamghari, chercheur et consultant bruxellois, spécialisé dans la diversité culturelle et religieuse. "Je perçois cependant un peu plus de retenue qu’auparavant chez les musulmans qui font face aux amalgames et aux injures. Ils se disent que cela va passer. Ce qui est insupportable par contre, c’est que l’on continue à leur demander de se désolidariser devant de tels actes. Par là on institue les musulmans en communauté. Et puis juste après, on leur reproche de faire le jeu du communautarisme. Une telle injonction est pour le coup vraiment agaçante."

Des victimes comme les autres

"Moi, j’ai appris l’existence de ces attentats par ma fille. Elle m’a envoyé un message mardi matin pour me dire qu’elle allait bien. J’étais intriguée par son message, car encore au courant de rien. C’est après que j’ai réalisé qu’elle avait échappé au pire. Elle prend normalement le métro à Maelbeek tous les matins. Ce mardi elle avait raté son bus et avait donc pris un autre chemin. J’étais très impressionnée et je peux donc vous dire que nous nous considérons tout aussi bien que les Belges comme des potentielles victimes. Vous auriez dû entendre aussi le nombre d’appels que je recevais du Maroc et d’ailleurs, d’amis ou de cousins inquiets. Nous sommes touchés, heurtés et attristés comme tout le monde. La stupeur et la tristesse n’ont pas d’origines nationales ou religieuses", témoigne encore Khadija Lazaar.

Son témoignage est celui de la majorité des musulmans. Laissera-t-il place à la peur ? "Les extrémismes se nourrissent mutuellement", rappelait, prudent, Salah Echallaoui, le président de l’Exécutif des musulmans de Belgique à la RTBF ce mercredi. "Mais je fais confiance au bon sens de la population", poursuivait-il, à l’instar des siens.