Belgique Certains coins de Wallonie manquent déjà cruellement de médecins généralistes, mais à la lecture des dernières statistiques publiées il y a quelques semaines par le SPF Santé publique, il y a lieu de craindre une dégradation de la situation.

L’administration a dressé un état des lieux des forces en présence au 31 décembre 2012. A cette date, la Belgique comptait 14 882 généralistes et 26 018 spécialistes agréés. Mais cette population de médecins est vieillissante : 32 % des généralistes (33,4 % en Wallonie, soit un sur trois) et 30 % des spécialistes (33,3 % en Wallonie) ont plus de 60 ans. Il est dès lors important de pouvoir compter sur une relève suffisante.

Or, si les médecins en formation (c’est-à-dire ceux qui ont obtenu leur diplôme de médecine et ont entamé leur spécialisation de généraliste ou de spécialiste) sont plus nombreux chaque année, cette augmentation n’est pas suffisante pour compenser les départs à la retraite des médecins de la génération du baby-boom, du moins pour la partie francophone du pays. Sur la période 2008-2012, le nombre de généralistes en formation a augmenté de 71 % en Flandre (à 436), mais seulement de 20,7 % à Bruxelles (à 111) et surtout, de 9,7 % en Wallonie (à 170). Du côté des candidats spécialistes, la population a grimpé de 24,6 % en Flandre (à 2 193) et 28,7 % à Bruxelles (à 871), pour seulement 16,2 % en Wallonie (à 898).

Plus que la moyenne européenne

Faut-il dès lors, comme l’écrivait le "Journal du médecin" qui relayait vendredi ces chiffres, craindre une pénurie de médecins en Wallonie et à Bruxelles ?

Nous avons posé la question au Dr Marc Moens, vice-président de l’Absym, le plus grand syndicat belge de médecins, qui a souvent tendance à relativiser le risque de pénurie médicale en Belgique. De fait, le Dr Moens souligne que les dernières statistiques du SPF Santé publique signifient que l’on compte, dans notre pays, 1 généraliste pour un peu moins de 750 habitants (1/733 en Flandre, 1 pour 771 en Wallonie et 1 pour 660 à Bruxelles) et 1 spécialiste pour près de 425 habitants (1/435 en Flandre; 1/464 en Wallonie et 1/275 en Région bruxelloise - "à Bruxelles, c’est énorme !" , commente Marc Moens). Même si elles cachent des situations très diverses selon les spécialités, ces proportions sont relativement confortables, si on les compare à d’autres pays. "Aux Pays-Bas, et en Europe en moyenne, il y a 1 généraliste pour 2 000 habitants" , affirme-t-il.

Le Dr Moens reconnaît cependant que la situation des médecins de famille en Wallonie pose question. "De 2011 à 2012, le nombre de généralistes en formation a progressé de 13 % en Flandre et 7,8 % à Bruxelles. Dans le même temps, il a reculé de 1 % en Wallonie. Ça, c’est remarquable. Et peut-être même inquiétant. En Flandre, on a réussi à rendre le métier de généraliste plus attrayant. Pourquoi ne parvient-on pas à faire de même en Wallonie ?"

Risque réel

Quant aux spécialistes en formation, ils sont nettement trop concentrés à Bruxelles, selon le vice-président de l’Absym. "Ils sont 1 pour 2 736 habitants en Flandre, 1/4 454 en Wallonie et 1/1 148 à Bruxelles. Peut-être ces chiffres sont-ils faussés par un phénomène de domiciliation à Bruxelles durant la formation, mais il faut espérer que tous ces futurs spécialistes bruxellois déménageront en Wallonie."

En conclusion, le Dr Moens juge que, si on compare la situation belge à celle de nos voisins, "il n’y a pas de pénurie de médecins jusqu’ici" . "Mais il existe un risque réel pour les généralistes en Wallonie. Il faut également surveiller certaines spécialités comme la psychiatrie, l’oncologie ou la rhumatologie. On a déjà amélioré l’attractivité de ces filières (rémunération, organisation), mais il faut rester attentif."