Belgique

C’est le fruit d’une enquête de longue haleine qu’ont publié ce week-end nos collègues du "Standaard" Afin de jauger l’évolution de l’Eglise catholique au nord du pays après le séisme provoqué par l’affaire de l’évêque pédophile de Bruges mais aussi à l’occasion de la première année de la présence d’André-Joseph Léonard à la tête de l’institution, le "quality paper" flamand a interpellé tous les prêtres flamands en ce compris ceux de Bruxelles sur la manière dont ils voyaient l’évolution de l’Eglise.

Bien que non pilotée par une instance scientifique universitaire ou de sondage, le sociologue Marc Hooghe de la KULeuven qui en a analysé les résultats les considère comme "très intéressants et relevants" et donc dignes d’être épluchés sérieusement. Notamment parce que plus d’un tiers des clercs nordistes y ont répondu (248 sur 716) - ce qui situe l’enquête dans la bonne moyenne de celles menées à l’étranger - mais aussi parce que tous les diocèses sont bien représentés. Tout comme toutes les classes d’âge du reste.

Premier constat que nous avons déjà vérifié sur le terrain en Belgique francophone : contrairement à ce que d’aucuns conjecturaient, les scandales de pédophilie n’ont nullement influencé les catholiques pratiquants - pour 80 % des prêtres, les messes dominicales n’en ont pas pâti - et il en va de même pour les rites de passage car 88,9 % n’ont pas constaté de baisse.

Tout va donc presque bien dans l’Eglise flamande ? Que nenni. Interrogés sur leur proximité avec Mgr Léonard, 69,1 % des prêtres disent ne pas se retrouver dans la ligne qu’il imprime à l’institution alors que 15,6 % le suivent au contraire sans restrictions.

Cela ne signifie cependant pas qu’ils ont la nostalgie de l’ère Danneels. Certes, 31,3 % préféraient le cardinal mais par ailleurs 44,4 % ne le regrettent pas alors que 24,3 % d’autres ne savent que répondre. Plus intéressantes sont, sans nul doute, les données sur leur vision de l’avenir. Ainsi 53,5 % des prêtres pensent qu’à l’avenir, les paroisses devront se passer d’une gestion par des clercs contre 36,6 % qui estiment qu’il n’y aura pas de problème de personnel. L’enquête met aussi à mal une rumeur qui voudrait qu’un grand nombre de clercs ne vivent pas en célibataires puisque 89,3 % disent le contraire. Cela n’empêche cependant pas 73,3 % de demander l’abolition du célibat pastoral alors que 68,7 % d’entre eux pensent que les femmes devraient être admises à l’ordination sacerdotale.

Pour toutes les raisons précitées, plus de trois prêtres flamands sur quatre considèrent que l’Eglise de Belgique est en crise.

Invité à commenter ces données dans le cadre d’une interview, Mgr Léonard s’y est refusé dès le début de l’entretien : "Je ne trouve pas ce genre d’enquêtes très intelligentes et ne veux pas en connaître les détails. J’ai trop de respect pour la presse que pour réagir à cela A propos, avez-vous d’autres questions ?"

Dans la foulée, l’archevêque ne s’est nullement laissé démonter, répondant à ceux qui auraient lâché l’Eglise après certaines de ses déclarations récentes qu’ "ils devaient lire jusqu’au bout ses interventions et ses livres" Et André-Joseph Léonard d’ajouter aussi qu’il n’est "pas un provocateur mais simplement honnête". Au passage, il a aussi critiqué les institutions chrétiennes qui se mettent en porte-à-faux avec la doctrine de l’Eglise : les universités mais aussi les établissements de soins qui pratiquent l’avortement et l’euthanasie