Belgique

évocation

Avec le décès samedi à Bruxelles de la comtesse Andrée De Jongh à l'âge de 91 ans - elle était née le 16 novembre 1916 -, se tourne une des plus prestigieuses pages de la Résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale. D'autant plus que l'héroïne se doubla d'une humaniste qui au confort d'une carrière toute tracée préféra s'engager au service des lépreux...

Andrée, dite Dédée De Jongh, fille cadette d'un directeur d'école de Schaerbeek, fut, en effet, la cheville ouvrière d'une incroyable ligne d'évasion qui permit d'évacuer vers l'Angleterre entre 700 et 800 résistants dont pas moins de 288 pilotes, qui purent reprendre le combat depuis le sol britannique.

Andrée De Jongh se destinait à une carrière de dessinatrice publicitaire lorsque la Seconde Guerre l'interpella frontalement : elle n'eut de cesse d'interrompre son travail à Malmedy pour la Sofina et se présenta à la Croix-Rouge à Bruxelles pour y devenir ambulancière. D'abord attachée au centre de la gare du Midi, elle déploya ses talents ensuite à l'hôpital Saint-Jean à Bruges mais très vite, elle décida de s'investir dans la Résistance. Comment ? Il importait de pouvoir récupérer les pilotes alliés abattus par les Allemands et de leur permettre de regagner au plus vite la Grande-Bretagne pour y reprendre le combat.

Comète ou "Dédée Line"...

Un réseau d'évasion fut donc mis sur pied et il entra dans l'histoire comme la ligne Comète, chez nous mais comme la "Dédée Line" dans l'esprit des Britanniques comme le rappela, dans son ouvrage sur la noblesse dans la Résistance, l'historienne Marie-Pierre d'Udekem d'Acoz. Le péril était omniprésent : il fallait traverser la Belgique puis la France et puis surtout franchir les Pyrénées vers Gibraltar. Bientôt toute la famille de Jongh fut impliquée dans Comète fondé par Andrée alors qu'elle n'avait que 24 ans ! Hélas, son père Frédéric fut arrêté le 7 juin 1943 et fusillé au Mont Valérien. Son successeur, Jean-François Nothomb, un des enfants de Pierre Nothomb, fut à son tour déporté.

Dédée De Jongh ne perdit cependant pas courage, récupérant les évadés à Bayonne pour franchir les Pyrénées. En un an et demi, elle devait les traverser à 35 reprises. Mais elle jeta surtout les bases d'une filière qui compta jusqu'à 2000 membres !

"Petit Cyclone" - c'est le surnom qu'on lui a attribué pour son évidente capacité à emporter (positivement) ce qui se présentait sur son passage - fut cependant arrêtée en 1943 et malgré 19 interrogatoires (!), elle tint bon et fut déportée à Ravensbrück et à Mauthausen comme prisonnière Nacht und Nebel.

Au lendemain de la guerre, Andrée De Jongh reprit ses activités de dessinatrice à la Sabena mais, désireuse de s'investir pour son prochain, elle reprit des études d'infirmière après s'être convertie au catholicisme. Et elle se mit au service des lépreux en Afrique y sacrifiant une fois encore sa santé par altruisme, par passion d'assistance aux plus faibles de la société...