Belgique

À chaque fois, c’est le même scénario qui se reproduit, paraît-il. Il suffit que le dossier mis sur la table touche de près ou de loin aux intérêts de leurs communes respectives pour qu’un grand marchandage politique s’en suive. On parle ici des ministres du gouvernement wallon (PS-CDH-Ecolo), pour la plupart également bourgmestre "empêché" ou conseiller communal d’une ville de Wallonie.

Cela a été le cas pour le dossier relatif à la réforme du paysage de l’enseignement supérieur, nous confie-t-on ici et là, pour celui concernant les villes wifi, pour le centre sportif de haut niveau, pour l’éolien… et c’est encore le cas aujourd’hui pour le nouveau Sder.

Quel territoire wallon d’ici 2040 ?

Le quoi ? Le Sder, le schéma de développement de l’espace régional. Soit LA stratégie que l’Olivier wallon - le ministre écologiste Philippe Henry en tête - tente de mettre en place dans le but de proposer une vision pour l’aménagement du territoire en Wallonie à l’horizon 2040. L’objectif de ce dernier: répondre aux besoins des citoyens, notamment en créant de nouveaux logements, emplois, transports, de nouveaux services aussi. Mais voilà, tout le défi initial à relever résidait dans le questionnement suivant : comment intégrer ces nouveaux besoins sur le territoire wallon tout en luttant contre l’émiettement, contre la dispersion de l’habitat qui sévit depuis plusieurs décennies en Wallonie ? La réponse ministérielle fut trouvée dans les "noyaux d’habitat". Soit le fait d’instaurer sur le territoire wallon des lieux, des périmètres de centralité de façon à densifier d’abord ce qui est déjà dense.

La course aux pôles et superpôles

Mais où les instaurer ces noyaux d’habitat ? C’est précisément cette question qui, pendant des mois, a divisé les partenaires de la majorité Olivier. Jusqu’à ce que, le 7 novembre dernier, un accord soit trouvé.

L’astuce qui permettait de sortir de l’impasse ? Des pôles et des superpôles comme zones d’activité économique renforcées. Avec, pour chacun d’eux, une série de critères bien précis permettant de déterminer "le plus objectivement possible" non seulement leur taille (densité de population) et leur potentiel de rayonnement sur les communes voisines, mais également leur rôle attendu à l’échelle régionale et à l’échelle de chaque bassin de vie (espace territorial où les services à la population sont déjà globalement présents).

Résultats mis en carte : Liège, Charleroi, Mons et La Louvière comme pôles dits "majeurs" parce qu’ayant une densité de population (pour leurs agglomérations respectives) supérieure à 500 000 habitants sauf pour La Louvière et Mons qui - "pour répondre à une demande socialiste consistant à faire du Hainaut un contrepoids de taille face à l’agglomération de Liège ", lâche une source proche dossier - ont été placées avec Charleroi de façon à les réunir dans une seule agglomération métropolitaine. Les autres, au nombre de soixante, comme pôles dits "principaux" et "secondaires" parce que plus petits notamment ; et Namur avec son statut particulier de capitale régionale.

Une répartition finale qui, expose-t-on dans les rangs de la majorité, aurait fait l’objet de vives discussions, de marchandage politique aussi. "Sur la carte initiale, Thuin, Dour et Perwez n’étaient pas identifiées comme pôles secondaires", se souvient un membre du gouvernement . Mais Furlan (PS) , Di Antonio (CDH) et Antoine (CDH) , les trois ministres respectivement bourgmestres empêchés de ces trois commu nes, ont clairement manifesté leur souhait de voir la carte ajustée dans ce sens."

"Solidarité Olivier", avez-vous dit ?

"C’est du sous-localisme !" , exp lose un autre. " C’est vraiment le principe du ‘moi, dans ma commune’ qui prévaut encore chez certains ministres wallons. Cela parasite le travail collectif et l’intérêt général. Il ne faudrait pas que ces pôles deviennent des pôles ministériels tout de même !" Un autre encore, soucieux d’afficher une solidarité (?) gouvernementale, tempère : "Forcément que les autres ministres n’ont rien réclamé, leurs communes étaient identifiées dès le départ comme pôles" (Tournai-Demotte, Liège-Marcourt, Charleroi-Nollet, Namur- Tillieux..).

Du côté des principaux visés, on s’explique. "Certains parlent de sous-localisme, bon…", réagit posément Paul Furlan. " Pour ma part, je ne vois pas où est le problème à ce que nous relayons les préoccupations de notre bassin de vie à l’échelon régional. Alors oui, très clairement, j’ai demandé à ce que Thuin devienne un pôle secondaire. Et je n’ai d’ailleurs eu aucun mal à l’obtenir, car il n’y avait alors aucun pôle dans le Sud-Hainaut."

"Je n’ai jamais exigé que Dour constitue un pôle à lui tout seul", se défend Carlo Di Antonio. "Mais quand j’ai vu les critères de sélection, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que ma commune ne soit pas associée à Boussu. Il y a une continuité parfaite entre ces deux communes. On partage notre club de D2, notre piscine et bien d’autres projets… d’où ce bipôle Boussu-Dour qui me semble totalement légitime. Mais c’est sûr, si je n’avais pas été au gouvernement, on n’aurait pas eu ce bipôle."

Quant à André Antoine, il n’a pas obtenu de pôle secondaire pour Perwez et n’en a d’ailleurs jamais réclamé un, bouillonne-t-il : "Je me suis seulement assuré que cette répartition ne porterait pas préjudice au développement des projets en cours dans ma commune, et que cela n’empêcherait en aucune manière à cette zone d’activité économique de se développer encore davantage. C’est tout !"

Pour le reste, ironisent plusieurs ministres du gouvernement wallon, "vous pensez bien que si André Antoine avait demandé en gouvernement un pôle pour Perwez, il l’aurait obtenu" .

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