Le MR court-circuite les assises en forçant le débat

An.H. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Court-circuitées, les assises de l’interculturalité. Alors même que le processus de réflexion vient de (re)démarrer, le MR dépose une batterie de textes législatifs (déclaration de révision de la Constitution, propositions de loi, de décret, de résolution et d’ordonnance) sur le port ostentatoire de signes convictionnels dans toutes les assemblées parlementaires.

Ces propositions sont issues d’un groupe de travail, installé au sein du parti, qui vient de plancher pendant trois mois sur ces questions. Des "assises" internes en quelque sorte. "L’enjeu, c’est que le débat politique ait maintenant lieu", insiste Didier Reynders, président du MR. "Les discussions se déroulent depuis des années : ça ne sert plus à rien de réunir des carrefours, des tables rondes ou des panels. C’est dans les Parlements qu’il faut débattre".

Il est temps que les partis se positionnent, ajoute-t-on au MR. D’ailleurs, glisse le président, "quand on décide de présenter des candidates voilées puis de les faire siéger, cela veut dire qu’on a déjà fait un choix très clair". Allusion même pas voilée au CDH qui compte dans ses rangs la députée bruxelloise Mahinur Ozdemir qui a prêté serment coiffée de son foulard.

Le chef de groupe MR à la Chambre, Daniel Bacquelaine, qui a présidé le groupe de travail, enfonce un peu plus les assises de l’interculturalité : "On a un peu peur que ce soit une réunion d’échanges entre intellectuels mais qu’il n’en sorte rien. Les tables rondes sont souvent des prétextes à l’inaction. On a déjà fait se succéder des tas de cénacles mais on n’est jamais passé à l’action. Au MR, on est prêt à parler d’intégration dans les différents parlements. Déposer des textes de loi a le mérite de forcer le débat.".

Au terme de sa réflexion, le MR a opté pour le modèle de l’interculturalisme, "qui fait prévaloir l’individu sur ses attaches culturelles, philosophiques ou religieuses", dixit Bacquelaine.

Le MR prône dès lors l’interdiction du port ostentatoire de signes convictionnels pour toute personne chargée d’un service public ou d’une mission de service public. Pour les réformateurs, il faut modifier la Constitution pour y inscrire le principe d’impartialité de l’administration. Toute personne qui participe à l’exercice de l’administration doit donc refléter cette impartialité dans son attitude, son comportement et ses vêtements, qu’elle soit ou non en contact avec le public, estiment les libéraux. Sont concernés : les administrations fédérales, régionales, communautaires, provinciales, communales, les CPAS, les intercommunales

D’autres mesures concernent l’école. Elles préconisent l’interdiction du port de signes qui manifestent les convictions culturelles, religieuses ou politiques. Le MR veut donc bannir le voile à l’école, pour toutes les élèves de l’enseignement obligatoire du réseau officiel, sans distinction d’âge. Cette interdiction vaudrait tant dans l’enceinte de l’école que sur les lieux de stage et dans les activités (para)scolaires extra-muros.

Deux propositions de décret déposées au Parlement de la Communauté française visent par ailleurs à introduire un cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions dans le troisième degré de l’enseignement secondaire et à obliger le professeur de cours dits philosophiques d’enseigner à tous les élèves réunis les fondements et principes majeurs des convictions dont il a charge d’enseignement.

Rappelons enfin la proposition de loi déposée au cours de l’été par la chef de groupe au Sénat, Christine Defraigne, qui interdit le port de la burqa et de la niqab, "qui voilent entièrement les femmes et les font ressembler à des fantômes ou à des ombres".

An.H.

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