Belgique

Le "groupe" Sensi Seeds ou cet assemblage d’entreprises avec ou sans but lucratif a été mis sur pied à partir de rien par un bonhomme étonnant qui est aujourd’hui arrivé ou presque à l’âge auquel les travailleurs prennent gentiment leur retraite. Le commerce, on a un peu ça dans la peau aux Pays-Bas. Et le commerce international aussi, tradition portuaire (et coloniale) oblige. Précisément, Ben Dronkers a entamé sa vie professionnelle dans la marine commerciale au départ de sa ville natale de Rotterdam. Il se tourne ensuite vers une activité plus sédentaire qui lui donne toutefois l’occasion de satisfaire son goût des voyages. Il crée et achète des textiles pour alimenter une boutique de vêtements à une époque - les années 70 - dont les plus mûrs d’entre nous se souviennent en songeant aux pantalons pattes d’éléphants, aux manteaux afghans qui fleuraient bon le patchouli et la chèvre, les blouses en lin ornées de broderies brillantes

A l’époque des cheveux longs, Ben Dronkers a donc les idées (pas courtes) de son époque. Il voyage en Turquie, en Afghanistan, au Maroc, pour en ramener les vêtements des hippies d’ici. Il y découvre aussi, nous explique David Duclos, responsable des contenus des sites Sensi Seeds, des cultures oubliées ou interdites en Europe comme le chanvre et son cousin, le cannabis. L’une est surtout utilisée pour la création de dérivés de ses fibres. L’autre, fort semblable, une plante vive et odorante, contient plus de produits naturels actifs (en fait, essentiellement du Tétrahydrocannabinol qui est un psychotrope) et est cultivée à des fins médicinales ou récréatives. Il se passionne pour ces produits et leur histoire. La petite histoire dit que c’est un paysan marocain qui le guide dans la passion qui mènera la suite de son histoire. Sur le site Sensi Seeds, il explique l’anecdote : "Je posais des questions aux paysans à propos des plantes de cannabis, et ils riaient d’un air un peu mystérieux. L’un d’entre eux m’a donné une poignée de graines de cannabis en me disant qu’elles avaient beaucoup d’importance. Cela m’a naturellement incité à les conserver, à chercher à en savoir plus sur les qualités des graines des différentes régions et à en collecter davantage". C’est le début de l’activité de production de graines de cannabis, sans oublier les plantations agricoles de chanvre.

Ben Dronkers devient un passionné du cannabis, un activiste militant en faveur de sa réhabilitation. Il crée des variétés, des hybrides et est rejoint dans ce travail par sa famille.

Bon, Dronkers est et reste un Hollandais, avec du point de vue des étrangers, quelques idées reçues. Est-il par exemple pingre, avare, près de ses sous ? "Absolument pas !", assure David Duclos. "Ben a le cœur sur la main, c’est un mécène, un philanthrope. Voyez ce qu’il fait sans aucun profit au travers du Cannabis College qui est consulté par les familles, les politiques, les associations luttant contre l’addiction aux drogues, des groupes d’activistes qui cherchent des aides ! Il y a aussi le Hash Marihuana&Hemp Museum ouvert avec Ed Rosenthal, et il est en train d’en créer un autre à Barcelone. A son âge, il pourrait s’il le voulait vivre de ses rentes en fumant tout ce qu’il veut. Mais c’est tout le contraire de cela, il est vif, actif, dynamique, inventif et passionné". Son goût du partage, Ben Dronkers le traduit aussi dans la galerie qui jouxte le musée et où l’on retrouve, outre des pièces ramenées de ses voyages, on peut retrouver des tableaux de maîtres hollandais très anciens montrant les habitudes oubliées de consommation du cannabis. Bref, si nos voisins traînent encore dans l’esprit de certains une réputation d’avarice ou d’amateurs d’économies, il existe chez eux au moins un exemple du contraire. Prenons-en de la graine !