Belgique

Au fil de la journée de vendredi, les déclarations hostiles aux propositions de la ministre de l'enseignement Marie-Martine Schyns concernant le Décret Inscriptions se sont multipliées. La dernière réaction émane de l'asbl ELEVeS (pour "Ecoles Libres Efficaces Vivantes et Solidaires"). La pierre d'achoppement concerne le poids plus grand accordé aux "partenariats pédagogiques" entre une école primaire et l'école secondaire pour l'attribution des places. Une telle mesure pourrait laisser encore plus d'enfants "sans école" à la rentrée selon les associations de parents d'élèves.

Chez ELEVeS, on parle de proposition "bling-bling" et de "mesurette électoraliste" qui ne serait que "de la poudre aux yeux". La proposition de la ministre "ne modifiera en rien la prépondérance du critère principal à savoir la proximité géographique à vol d’oiseau entre le domicile de l’enfant et ’école primaire ou secondaire du réseau choisi", estime l'asbl dans un communiqué.

L'UFAPEC déçue

L'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique (UFAPEC) a elle aussi réagi avec déception, vendredi, au projet de réforme du décret. "Ce n'est vraiment pas une amélioration substantielle du décrets Inscriptions", a réagi le secrétaire général de l'UFAPEC, Bernard Hubien.

"Si les partenariats pédagogiques faisaient partie de nos demandes, ce n'est certainement pas le premier point qui nous préoccupait...". Pour les parents de l'enseignement catholique, il conviendrait plutôt de privilégier le choix pédagogique des parents parmi les critères d'attribution des places, et de diminuer les critères géographiques qui favorisent aujourd'hui les élèves résidant à proximité des établissements secondaires.

Pour l'UFAPEC, le projet de réforme de la ministre Schyns ne résoudra en outre rien à la situation dans les zones en tension, comme dans le nord de Bruxelles, où des dizaines de jeunes n'ont pu s'inscrire dans l'école de leur choix lors de la dernière rentrée. "Ce nouveau décret ne changera rien à la situation qui crée cette tension, c'est-à-dire le manque de places", pointe encore M. Hubien.

Celui-ci doute aussi que les changements annoncés pourront être adoptés avant l'ouverture de la procédure d'inscription, en mars prochain. "Les partenariats pédagogiques est le critère qui demande le plus de temps pour être mis en place. Cela va prendre des mois avant que les écoles ne s'accordent", s'étonne le secrétaire général de l'UFAPEC. " A l'inverse, retenir le choix des parents comme critère pour l'inscription ne demande aucun délai...".

Les parents de l'officiel rejettent aussi le projet

La Fédération des associations de parents de l'enseignement officiel (FAPEO) a rejeté à son tour vendredi le projet de la ministre. Pour les parents de l'officiel, cette réforme, si elle est menée à bien, va rendre le décret Inscriptions "encore plus complexe". Pour la FAPEO, l'introduction de ce critère aura pour résultat de diviser les écoles en trois groupes: les écoles en partenariat, celles qui n'en seront pas, et les écoles isolées, situées dans une commune où il n'existe pas d'école secondaire dans chaque réseau.

"Autant dire qu'il va falloir s'accrocher pour anticiper l'inscription de l'enfant en secondaire...", grince la fédération pour qui pareil système risque de désavantager clairement certains élèves.

Selon la FAPEO, les partenariats proposés par la ministre Schyns vont renforcer la concurrence entre réseaux d'enseignement en raison d'accords entre écoles relevant d'un même pouvoir organisateur. Ce sont dès lors les enfants issus d'écoles sans partenariat qui seront lésés.

"Dans la situation de pénurie actuelle qui s'étend aux écoles fondamentales, comment éviter que des parents développent des stratégies de contournement des règles ? Cette dualisation renforcerait les inégalités existantes ainsi que la concurrence entre écoles", redoute la fédération parentale de l'officiel.

Au diapason de son homologue de l'enseignement catholique, celle-ci préconise plutôt l'augmentation du critère du choix pédagogique dans la distribution des places, la diminution des critères géographiques, l'individualisation de l'indice socio-économique et l'instauration d'un double quota dans les inscriptions.

"Insuffisant et dommageable pour les communes à facilités", estiment les FDF

"La modification du décret Inscriptions pour autoriser des partenariats pédagogiques inter-réseaux est, a priori, une démarche intéressante. Mais qui ne répond ni à l'ensemble des critiques, ni aux attentes des familles", ont réagi les FDF dans un communiqué.

Pour la formation amarante, il convient de réformer davantage le décret, "voire le supprimer, en réorganisant un encadrement des inscriptions totalement transparent et basé sur des critères objectifs et actualisés".

"Actuellement, les critères liés aux quartiers d'habitation et à la proximité ne font que reproduire les inégalités sociales. C'est de cette façon qu'on pourra rétablir le juste équilibre entre l'égalité d'accès, la cohérence du projet pédagogique avec le profil de l'élève et la fameuse mixité sociale jamais atteinte jusqu'à présent", commente la députée Caroline Persoons.

Le parti estime par ailleurs que la proposition de la ministre Marie-Martine Schyns (cdH) "oublie les 2.200 élèves des écoles francophones de la périphérie".

"Si les partenariats pédagogiques entre écoles permettent un accès prioritaire dans une école secondaire et que nos écoles primaires de la périphérie en sont exclues, la rentrée 2014 va être catastrophique, particulièrement dans le nord de Bruxelles", analyse Corinne François, échevine de l'Enseignement à Drogenbos et présidente de la Communauté scolaire des écoles des six communes à facilités.

Les FDF rappellent à cet effet que les huit écoles primaires francophones des communes à facilités scolarisent des enfants qui poursuivent, à 99 %, leur parcours en secondaire dans les établissements de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la plupart du temps en Région bruxelloise.

"L'enseignement secondaire en français ne peut malheureusement pas être organisé dans nos communes : nous sommes donc dépendants du bon vouloir de la Fédération Wallonie Bruxelles...", rappelle Corinne François.