Belgique

La justice va maintenant devoir éplucher les très nombreux documents et le contenu des ordinateurs saisis lors des perquisitions menées, jeudi, au palais archiépiscopal de Malines, au domicile du cardinal Danneels, à la cathédrale Saint-Rombaut et à la commission Adriaenssens.

Le parquet de Bruxelles ne distille ses informations qu’au compte-gouttes sur les motifs qui l’ont conduit à mener cette vaste opération, qui a mobilisé de très nombreux policiers.

L’instruction du juge d’instruction Wim De Troy est ouverte du chef d’attentat à la pudeur à l’égard de mineur, se borne à dire le porte-parole du parquet, Jean-Marc Meilleur. Le but était "de rassembler des éléments de preuve pour étayer des déclarations dénonçant des faits possibles d’abus sexuels à l’égard de mineurs par plusieurs personnes au sein de l’Eglise" . Mais quelles déclarations ? Emanant de qui ? Le parquet se refuse toujours à le dire.

On sait qu’au cours des dernières semaines, la police judiciaire fédérale a rencontré de personnes qui militent pour la reconnaissance des victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise.

Rik Devillé, le prêtre retraité qui a dénoncé l’inertie de l’Eglise face aux accusations d’abus sexuels commis par des prêtres, a également été récemment entendu par la police fédérale. Il a remis à la justice une série de dossiers qu’il avait collationnés au fil des ans. Il accuse le cardinal Danneels de n’avoir pas réagi quand les dossiers étaient portés à sa connaissance.

La magistrate retraitée Godelieve Halsberghe, qui présidait la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels instituée au sein de l’Eglise, a été entendue. Par le passé, elle s’était plainte d’avoir été mise hors jeu et entravée dans ses efforts pour faire la clarté.

Et, jeudi dans "Het Laatste Nieuws", elle confiait avoir déjà entendu, lorsqu’elle présidait la Commission avant de céder le témoin au pédopsychiatre Peter Adriaenssens, que quelque chose pourrait être caché dans la cathédrale de Malines.

Troisième personne entendue, mais la liste est sans doute bien plus longue, Joël Devillet. Aujourd’hui âgé de 37 ans, il a été abusé par un prêtre quand il était adolescent. Il accuse la hiérarchie de l’Eglise, et l’évêché de Namur en particulier, de ne pas avoir réagi. Et lui aussi parle de dossiers cachés dans une cathédrale, Namur en l’occurrence.

Ce sont là autant d’éléments qui, combinés à l’ampleur des saisies - les 500 dossiers traités par la Commission Adriaenssens, des archives ainsi que des courriers de l’archevêché et ordinateurs - laissent entendre que la justice vise très large.

Au-delà d’éventuels faits d’abus sexuels mais plutôt sur la manière dont les autorités de l’Eglise auraient réagi quand elles en auraient eu connaissance.

Quasi muet sur l’enquête, le parquet de Bruxelles tempère et répond aux critiques dont il est l’objet, comme celles de M. Adriaenssens. Il affirmait jeudi que le travail de sa commission était anéanti et s’inquiétait car certaines victimes avaient demandé de respecter scrupuleusement leur vie privée. "Comme autorité judiciaire, un de nos premiers soucis, ce sont les victimes, surtout dans ce type de dossier", a répondu M. Meilleur.

Et il rappelle que le juge d’instruction n’est en rien lié par le protocole conclu entre la Commission Adriaenssens et le Collège des procureurs généraux. "Le juge d’instruction est indépendant. Il n’est lié par aucun rapport quel qu’il soit", assène-t-il.

De son côté, Mgr André-Joseph Léonard, qui présentait vendredi à la presse le nouvel évêque de Bruges, a dit regretter le déroulement des perquisitions. Il a été retenu, en compagnie de tous les évêques au Palais épiscopal pendant toute la journée de jeudi. Leurs téléphones ont été confisqués pendant que la police travaillait.

Pour Mgr Léonard, le fait de " séquestrer" toute une journée les évêques fait preuve d’ "un zèle peut-être excessif". Il a ainsi dit qu’il "déplore que tous les évêques non concernés par les dossiers de Malines-Bruxelles aient été retenus toute la journée".

Mgr Léonard reconnaît néanmoins que "la justice a fait son travail et avait le droit de faire des perquisitions" , tout en jugeant "un peu étonnant" , le déroulement de ces perquisitions.

L’archevêque "regrette" la saisie des dossiers de la commission Adriaenssens car "elle n’a de sens que si les victimes présumées peuvent parler en toute confidence" . Et Mgr Léonard de dire espérer que la Commission - qui se réunira lundi pour se pencher sur son avenir - "pourra poursuivre le travail qu’elle faisait de manière remarquable" . Mgr Léonard s’inquiète enfin pour les collaborateurs de l’archevêché qui, à la suite de la saisie de tous les ordinateurs, ne pourront être payés dans l’immédiat. Et il confie avoir "quelques états d’âme" sur le timing des perquisitions, dont il doute qu’elles aient été menées par hasard le jour même de la réunion mensuelle de la conférence épiscopale.