Belgique

Fini le dogmatisme et les grandes théories. Place à un parti plus proche des problèmes quotidiens des gens. C'est la nouvelle orientation que le PTB-PVDA proposera à ses 3 000 membres pour son meeting de clôture à la VUB samedi prochain. "Proposera", mais en fait tout est déjà joué : "Le processus est en route depuis un an, les militants se sont exprimés et les sections ont désigné leurs représentants", déclare Peter Mertens qui, à 37 ans, est assuré de devenir le nouveau président du parti. L'événement de samedi n'est, en fait, que le meeting de clôture d'un congrès qui a déjà eu lieu.

Officiellement, le parti était jusqu'ici dirigé par son fondateur Ludo Martens, mais depuis 8 ans celui-ci, embarqué entre autres dans des aventures congolaises, avait laissé la gestion quotidienne du PTB-PVDA au secrétaire général Boudewijn Deckers, un autre soixante-huitard.

Aujourd'hui, Ludo Martens se retire complètement pour raisons de santé. A l'origine son parti (en 1970) s'appelait Amada (TPO-Amada, avec une aile francophone à partir de 1974) et se revendiquait du maoïsme. Le nom actuel a été adopté en 1979. Le parti s'est longtemps distingué par son radicalisme : soutien aux régimes communistes les plus rigides, rejet de toutes les réformes à la Gorbatchev, discipline interne et cours de marxisme-léninisme obligatoires pour tous les impétrants !

Adieu à l'extrémisme

M. Mertens entend tourner la page : "Nous sommes marxistes mais pas extrémistes ni d'extrême gauche. Nous sommes contre la violence politique façon CCC ou DHKP-C." Exit aussi toutes les références historiques. "Le régime cubain, par exemple, a fait de bonnes choses, notamment en matière de soins de santé. Mais il a aussi fait certaines erreurs. Ce n'est pas un modèle pour nous, et nous n'avons d'ailleurs pas besoin de modèle. Nous voulons être jugés sur nos propres actions, et pas en fonction de ce qui s'est passé ailleurs il y a des décennies." Le changement annoncé était inscrit dans les étoiles. La génération de 1968 passe la main et les grands débats idéologiques ne passionnent plus les foules. "Les temps ont changé et la réalité est différente. Voyez les grèves spontanées qui ont démarré autour de la question du pouvoir d'achat dans le Limbourg. Ces gens ont l'impression d'être pressés comme des citrons. On ne peut pas les laisser aux mains des populistes de droite à la Dedecker" , souligne M. Mertens. Le parti s'occupe donc désormais de choses très concrètes, comme le prix des médicaments (il prône le modèle kiwi depuis le début) ou le prix du gaz et de l'électricité (il a lancé une pétition pour le rabaissement de la TVA à 6 pc).

Et puis, il y a les exemples venus de l'étranger. Aux Pays-Bas le SP de Jan Marijnissen a subitement cartonné aux législatives de 2006 (25 sièges sur 150 à la Deuxième Chambre). En Allemagne, Die Linke (fusion entre les anciens communistes de l'Est et le parti du dissident SPD Oskar Lafontaine) a fait son entrée dans deux parlements régionaux en janvier. Et depuis ce week-end, l'île de Chypre a un président étiqueté communiste. "Nous pouvons apprendre beaucoup de ces succès. Mais là non plus, pas question de faire un copier-coller belge de ce qui se fait ailleurs. Le SP néerlandais a abandonné toute référence au marxisme et il centre toute son action sur les quartiers, alors que pour nous la présence au sein du monde du travail reste un point important. Mais de tels succès sont encourageants parce qu'ils prouvent qu'il reste beaucoup de place à gauche de la social-démocratie sur l'échiquier politique."

En Wallonie aussi

Au niveau du succès électoral, le PTB-PVDA est pour l'instant loin du compte. Il a tout de même obtenu 15 sièges aux dernières élections communales, dont 6 dans la seule commune de Zelzate, au nord de Gand.

Et en Wallonie ? "Historiquement, le parti a toujours pesé plus lourd au Nord du pays mais cela pourrait changer. Actuellement, la section qui grandit le plus vite est celle de Liège. Nous avons déjà un conseiller communal à Seraing et un autre à Herstal. Et le PTB-PVDA est bien un parti national. "Le conseil et le bureau du parti sont paritaires francophones-néerlandophones" , précise encore M. Mertens.

Alors, une percée en 2009 ? Pour lui, ce sera encore un peu tôt. "Pour passer le seuil électoral de 5 pc, il faudra bien trois ans" , estime-t-il. Un autre scénario serait possible : un rapprochement avec l'aile gauche du SP.A qui ferait sécession : le "SP.A Rood" d'Erik De Bruyn, lequel fut candidat malchanceux à la présidence des socialistes flamands et dont Peter Mertens se dit très proche (ils sont tous deux de Borgerhout, près d'Anvers). Mais on n'en est pas là. Et rien de comparable du côté du PS, où le PTB-PVDA conserve néanmoins quelques bons contacts "surtout au sein de l'aile syndicale" . Le parti marxiste a invité quelques représentants des "grands" partis rouges et verts du Nord et du Sud à son meeting de samedi mais n'a pas encore reçu de réponses...