Le quartier européen en état de siège

Grégoire Comhaire Publié le - Mis à jour le

Belgique

En chemin depuis la rédaction, on en voyait déjà partout. Sur chaque quai, dans chaque station de métro, des policiers, le casque à la ceinture, quadrillaient le réseau Stib tout autour des institutions européennes. En remontant la rue de Trêves vers le Parlement, des patrouilles de la brigade canine, des chevaux de frises et des barbelés barrant l'accès de tous les bâtiments sensibles. Des fourgons à n'en plus finir garés tout autour de la place du Luxembourg. Des hommes en civils, armés de talkie-walkie sans oublier l'hélicoptère balayant les airs au-dessus de nos têtes.

Il faut bien le dire, le dispositif de sécurité déployé dans le quartier européen en ce sixième anniversaire des attentats du 11 septembre était impressionnant ! Car si la fameuse manifestation anti-islam avait bel et bien été interdite par le bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans, les autorités n'en redoutaient pas moins l'arrivée depuis toute l'Europe, de groupuscules violents d'extrême-droite résolus, selon des informations détenues par la Sûreté de l'Etat (LLB du 11/09), à braver cette interdiction.

Je ne suis pas raciste mais...

Allait-elle donc avoir lieu cette manifestation ? La question était sur toutes les lèvres mardi matin, même si de toute évidence il y avait sur cette place bien plus de journalistes que de manifestants. "Je ne suis pas un raciste, mais j'ai peur de l'extrémisme et je suis venu le dire pacifiquement", nous dit cet homme à l'accent bruxellois très prononcé.

Derrière lui, un petit groupe de jeunes gens au crâne rasé, arborant sur leurs vestes quelques lions flamands aux griffes bien aiguisées, l'observe distraitement. Des militants du groupuscule extrémiste "voorpost", selon un policier présent sur place. En différents coins de la place, quelques personnes isolées, munies de banderoles ou de drapeaux semblent s'être déplacées pour la même raison. Ici, quelques drapeaux danois. Là un gros Ben Laden armé de couverts, s'apprêtant à manger l'Europe dans son assiette. Au milieu du rond-point, un homme à l'accent allemand s'adresse à la presse en brandissant une énorme croix. "L'Islam n'est pas compatible avec nos valeurs de tolérance" lâche-t-il à un reporter d'une télévision arabe.

Mais tout ce petit monde n'aura pas longtemps l'occasion de clamer son amour pour les sociétés plurielles. Car ratissant la place du Luxembourg morceau par morceau, les policiers les embarqueront les uns après les autres, non sans avoir laissé à l'un d'entre eux la joie de vivre son quart d'heure de gloire devant une presse médusée, en criant "Vive la liberté" par la porte du fourgon, tel un martyr montant au bûcher.

A quelques centaines de mètres de là, d'autres manifestants connaîtront le même sort au rond-point Schuman. Avec parmi eux les deux figures du Vlaams Belang Frank Vanhecke et Filip Dewinter, qui auraient même, selon la police, frappé par derrière le chauffeur du fourgon qui les emmenait. Au final, ce sont 154 personnes qui ont été interpellées par les forces de l'ordre.

Les quelques dizaines de personnes restantes, venues pour la plupart de France, d'Allemagne, du Danemark, et de Pologne ont finalement exercé un rassemblement symbolique, sans slogans ni banderoles, devant les portes du Parlement européen. "Il faut donner un signal fort pour dire que l'Islam n'est pas le bienvenu en Europe" nous confie ce quinquagénaire de Clichy-sous-bois. A ses côtés, une vieille dame qui distribue le journal qu'elle a confectionné pour l'occasion. Militante de la première heure elle nous glisse : "Les musulmans contrôlent tout monsieur. A Paris, ils ont même interdit les sapins de Noël !". Sans commentaire...

Grégoire Comhaire

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