Belgique Interconnexions

Monsieur X est admis aux urgences dans un hôpital de Mons. On en avertit son médecin traitant, le généraliste Z à Namur. Z trouve aussitôt sur son écran le rapport succinct de l’admission, dont les résultats de la prise de sang augurent d’un problème cardiaque. Après quoi Z retrouve trace d’un scanner abdominal de X, réalisé dans un hôpital de Liège, qu’il visualise illico sur son ordi; ainsi que d’un électrocardiogramme déjà effectué sur X dans un hôpital de Charleroi. Z relève aussi, dans le dossier médical informatisé de X, des antécédents d’allergies. Z met ainsi à jour le dossier de X, à disposition immédiate de ses confrères urgentistes montois. Ceux-ci, en vertu d’accords intrahospitaliers en chirurgie cardiaque, décident de transférer X à Charleroi. Où les médecins disposent aussitôt de tout le dossier du patient, complété de l’examen clinique effectué à Mons. Il ne leur échappe pas que Z les avertit de l’intolérance de X à certains produits. En passant, avant de subir son pontage coronarien, X a eu le temps de demander à Z de ne rendre accessible qu’à ce dernier la mention dans son dossier d’un problème d’éthylisme : il préfère que son chirurgien l’ignore

Fiction ? Pas du tout. L’interconnexion des dossiers médicaux informatisés se développe fort en Wallonie, via le "Réseau santé wallon".

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Toujours sur base volontaire, tant des médecins que des patients, à ce jour tous les hôpitaux généraux de Wallonie sont impliqués (à des stades divers de production); 6 000 médecins sont inscrits (contre 3 600 début 2012); de même que 74 000 patients (16 000 début 2012); tandis que 2,4 millions de documents sont disponibles (huit fois plus en dix-sept mois).

Les objectifs de ce RSW ? Interconnecter donc les dossiers informatisés; permettre à chaque médecin de consulter les documents disponibles pour un patient, ainsi que de mettre un dossier résumé à disposition des confrères; offrir une messagerie sécurisée gratuite; faciliter la multidisciplinarité. Bref, des soins meilleurs, quoique à coût moindre grâce à la réduction du nombre d’examens répétés. "L’interconnexion est un pas essentiel pour assurer la continuité des soins" , insiste la ministre wallonne Eliane Tillieux (PS). Tandis qu’un administrateur de la Fratem, l’ASBL qui a porté le réseau, Yves Jacquemart, en cite "les trois points forts : hyperperformant, hypersécurisé, hyperfacile d’utilisation" .

Une dizaine d’années ont été requises pour sa mise sur orbite. L’impulsion initiale vint du fédéral, quand Rudy Demotte y était ministre de la Santé. Les hôpitaux wallons eurent l’idée de mutualiser les subsides dégagés pour la cause, ce qui a permis de créer la Fratem en 2008. On fit bien aussi d’interconnecter tous les logiciels existants, plutôt que de leur substituer une grosse structure. Il a fallu l’autorisation de l’Ordre des médecins, celle non moins essentielle de la commission de la vie privée. Mais on y est.

Et le réseau wallon peut soutenir les comparaisons. A Bruxelles, en interconnexion avec le RSW, l’équivalent Abrumet n’en est qu’à ses débuts (3 600 médecins, 143 patients). En Flandre, le dispositif équivalent doit se disperser entre trois réseaux (Anvers, Gand, KUL) tandis qu’un quatrième, pour les généralistes, n’est pas encore connecté aux hôpitaux. Et puis, "on est 500 fois moins cher que le système de réseau en France" , se félicite le Dr André Vandenberghe, le directeur du projet RSW.

La suite ? Bien sûr, élargir l’audience (les patients auxquels on propose l’adhésion sont quelque 75 % à y souscrire); mais aussi, notamment, travailler sur la médecine scolaire, et lancer une expérience pilote sur l’accès du patient à son propre dossier (auquel l’Ordre reste hostile, par-delà le prescrit légal). Tout en résistant aux indues pressions d’assureurs et d’employeurs à être informés : là, le Dr Vandenberghe compte sur le législateur pour y mettre le holà