Belgique

Le prochain congrès de l’enseignement catholique aura lieu en 2022. D’ici là, son pouvoir organisateur s’est lancé plusieurs défis à relever pour ces dix prochaines années. Parmi ceux-ci, la volonté de construire une "société multiculturelle" et de favoriser un "vrai dialogue inter-convictionnel" en son sein. L’idée de dispenser à nouveau des cours de religion islamique est ainsi émise par le réseau libre. "L’enseignement catholique se définit par son projet, non par son public", assure Etienne Michel, directeur général du Segec. Qui poursuit : "Contrairement à ce que d’aucuns affirment, il est ouvert à tous les publics. Dès lors, la question cruciale que nous posons aux politiques est la suivante : est-il juste, lorsqu’une majorité des élèves fréquentant une école catholique est de confession musulmane, de ne pas leur offrir le choix de suivre un cours de cette confession, même si le cadre légal l’exclut actuellement ?" Dans le passé, certaines écoles catholiques avaient été autorisées à dispenser un cours de religion islamique en leur sein. Depuis plus d’une dizaine d’années, le législateur l’a interdit. Aujourd’hui, seule une école catholique -d’enseignement fondamental- située à Cheratte, en province de Liège, bénéficie toujours d’une dérogation lui permettant de donner un tel cours.

"Autrement dit, comment construire un vrai dialogue inter-convictionnel dans les écoles, sachant que la relégation du religieux dans la sphère privée n’offre aucune solution à l’égard des risques de dérive fondamentaliste ? Selon moi, mieux vaut un vrai cours de religion donné par quelqu’un de formé à l’école plutôt que des discours simplistes tenus dans des arrière-salles de café", lance Etienne Michel. C’est précisément sur ce point que l’enseignement catholique entend se démarquer du réseau officiel. "C’est clairement le point qui nous oppose au monde laïque qui, pour sa part, est davantage tenté de reléguer le religieux dans la sphère privée. C’est sa vision du monde, je ne la critique pas. Le problème, c’est qu’elle n’offre pas de solution à l’égard des risques de dérive fondamentaliste", estime le patron du Segec.

Des propos qui n’ont pas tardé à faire réagir les associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo). "Nous ne voyons pas en quoi la présence d’un cours de religion dans le cursus scolaire - qu’elle que soit la confession qui lui est attachée d’ailleurs - peut contribuer à amenuir les risques de dérive fondamentaliste", déclare Marie-Christine Linard, secrétaire générale de la Fapeo. Qui poursuit : "Que du contraire. Selon nous, c’est précisément cette présence religieuse dans la sphère scolaire qui accentue les différences et identités, et qui contribue ainsi à l’émergence de discours extrémistes." Plus globalement, l’officiel estime que "la multiplication des cours de religion est un problème en soi. Notamment parce que cela constitue un manque de respect vis-à-vis de la vie privée de la personne. L’école doit être un lieu de vivre-ensemble où l’on y enseigne un cours de philosophie ou de morale à part entière".

Du côté de son pendant catholique, l’Ufapec, on déclare être ouvert à cette idée "à condition qu’il s’agisse bien d’un cours de religion islamique telle que reconnue par la Constitution, et non d’un cours de morale laïque qui non seulement n’a pas de caractère religieux mais qui, en outre, est favorable au rejet des autres religions". La CSC-Enseignement, quant à elle, s’est dite surprise et perplexe suite à l’annonce faite par son PO, estimant que "ce n’est pas d’une décision unilatérale dont a besoin le paysage scolaire communautaire francophone, mais bien d’une réflexion commune structurelle sur l’organisation de l’enseignement confessionnel en Communauté française de Belgique".

Une façon de rappeler que la révision de l’organisation des cours de religion et de morale est toujours bel et bien à l’ordre du jour. Un débat sur l’opportunité d’instaurer un tronc commun de cours dits "philosophiques" dès l’enseignement fondamental fera d’ailleurs l’objet d’auditions dès mardi, au Parlement de la Communauté française.